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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/912

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individu qui ne vous salue d’un mot aimable et ne soit prêt à vous rendre mille petits services. On entre, bon accueil; on part, salut amical : jamais une rixe, jamais un geste violent.

Le lendemain, une battue fut organisée en mon honneur., Il était convenu avec mes amis les chasseurs que, si je tuais la bête, je la leur donnerais ou la leur paierais si je voulais la garder, moyennant quoi ils m’emmèneraient comme un des leurs. Pendant mon excursion à Tsinsendji, on avait été aux renseignemens ; les cerfs, que l’on croyait à 2 ris, se trouvaient malheureusement beaucoup plus loin. Il fallait coucher une nuit à la belle étoile;... j’avoue, à ma honte, que je reculai. Il fallut se contenter d’une chasse au faisan.

Pendant que je parcours les deux coteaux voisins, un mot sur les chasseurs japonais. C’est l’ours, le sanglier et le cerf qu’ils poursuivent de préférence. Ils sont armés de ces carabines semblables à nos vieilles arquebuses dont j’ai ri quelquefois, mais qui entre les mains de ces habiles tireurs n’en sont pas moins capables de tuer très bien une bête. Leur vêtement n’est plus la robe flottante aux manches traînantes, qui les gênerait dans les broussailles, c’est une jaquette sanglée au moyen de cordes de paille et un pantalon collant. Ils se couronnent la tête d’une espèce de mouchoir tordu, comme tout Japonais en travail, et portent, suspendue à leur cou, une petite besace qui retombe sur le dos et contient une paire de sandales. Quant à leur chaussure de chasse, c’est la partie la plus originale du costume : elle consiste en une paire de bottines grossières, faites d’une peau de daim retournée qui conserve tous ses poils à l’intérieur. Il est impossible de mettre cette chaussure lorsqu’elle est sèche, mais trempée dans l’eau, elle se ramollit : on entre, puis on la laisse sécher et prendre la forme du pied ; même procédé pour l’ôter. En outre, pour se maintenir sur les pentes glacées et glissantes où il faut relancer le cerf, les Japonais adaptent à leurs bottines des patins en fer à quatre pointes. C’est dans cet attirail qu’on se rend sur le terrain désigné comme le repaire des fauves. Les chasseurs, environ cinq ou six, partent de bon matin. Les rabatteurs, sans armes, se sont répandus, dès la veille, dans les environs de la remise. Faute de chiens, on ne chasse qu’en battue. Les chasseurs s’embusquent sur une ligne connue comme passage habituel du gibier traqué. Dans les endroits trop découverts, ils se construisent de petites huttes de paille où un homme ne peut se tenir qu’à genoux.

Avant de quitter Nikko, je fis une nouvelle visite aux temples. Le dégel et le vent avaient balayé la neige des arbres, — le feuillage du segni la retient mal, — et je pus voir sous un nouvel aspect les tombeaux des Tokungawa. Ah! c’est ici, dans la profondeur de ces