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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/871

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posséder sa mer de sargasse : c’est une sorte d’îlot aérien dont les dimensions varient avec l’ampleur et la force d’impulsion du courant qui l’entoure. Ce fleuve d’air roulant ses ondes agitées entre deux rives gazeuses relativement tranquilles, tout comme le gulf-stream dirige ses eaux bleues et chaudes entre les rives liquides formées par les eaux vertes et froides de l’Océan-Atlantique boréal, a aussi ses périodes de crues et de décroissance; la largeur et la force d’impulsion du courant varient entre des limites fort étendues, tandis que son lit, ce qu’on pourrait appeler son thalweg, éprouve, grâce à la mobilité des rives, des fluctuations considérables. Les vicissitudes de nos saisons sont étroitement liées aux modifications que subissent dans leurs positions relatives le circuit aérien et la zone qu’il circonscrit. Celle-ci constitue pour lui une rive droite convexe, tandis que l’air extérieur au circuit forme la rive gauche concave.

Le tracé des isobares sur la carte d’Europe donne une représentation de cet état de choses. Tandis que les cyclones sont figurés par des lignes concentriques où les pressions s’échelonnent par degrés décroissant de la circonférence vers le centre, la région circonscrite par le courant offre dans l’échelonnement des pressions, dans ce qu’on appelle le gradient ou la pente, une disposition inverse. Les isobares y ressemblent à ces lignes de cote ou d’égal niveau par lesquelles on représente sur un plan topographique un renflement du terrain. Il arrive parfois que cet îlot central, réduit à de moindres proportions par le développement plus considérable du fleuve qui l’entoure, soit compris en grande partie dans les limites de l’Europe. Quand ces circonstances se présentent, l’état de choses que nous nous efforçons de décrire prend un caractère frappant d’évidence. Autour de l’îlot central, dessiné par le contour des isobares de hautes pressions, on voit, à la direction des flèches qui marquent les vents, courir les ondes du fleuve ambiant dans le sens de l’ouest à l’est, en passant par le nord; c’est le mouvement direct des aiguilles d’une montre, et c’est pourquoi quelques météorologistes, trompés par une fausse analogie, ont appelé cette disposition si frappante des isobares un anti-cyclone.

Prenons pour exemple l’état atmosphérique du 11 mai 1873. Le centre de l’îlot des hautes pressions recouvre le sud-est de la France, où règnent des pressions supérieures à 770. L’isobare de 765 forme une immense courbe enveloppant la première, et qui traverse l’Espagne, la Sardaigne, la Toscane, le nord de l’Adriatique, la Bohême, l’Allemagne du nord, revient vers l’ouest à travers les îles britanniques. Autour de cette « plage, » le vent, généralement modéré, souffle du sud-ouest sur la Manche, de l’ouest en Danemark, du nord en Allemagne, du nord-est en Italie, de l’est au sud de