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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/866

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tendent à se porter vers la circonférence, tandis qu’une raréfaction se produit au centre; c’est sur ce fait que repose le mécanisme du ventilateur, de la tarare et des pompes dites centrifuges. Le cyclone agit sur une échelle gigantesque à la façon d’une pompe centrifuge. La raréfaction opérée au centre du météore provoque un appel de bas en haut de la surface liquide, s’il repose sur la mer, ou de la poussière et même de corps solides assez lourds, s’il s’appuie sur le sol. En même temps l’air des régions supérieures, attiré de haut en bas dans l’immense entonnoir, entraîne avec lui l’électricité positive, dont il est d’autant plus chargé qu’il vient de plus haut, ainsi que les basses températures qui règnent dans les régions élevées de l’atmosphère.

Ces phénomènes imposans avaient été déjà l’objet de nombreux travaux lorsque l’Observatoire de Paris inaugura son service télégraphique, et se mit à discuter chaque jour les lectures barométriques faites par ses correspondans. A peine installée dans sa nouvelle demeure, la météorologie synoptique nous apporta une révélation importante : nos tempêtes d’Europe ne sont autre chose que des cyclones d’un rayon encore plus considérable que leurs congénères des tropiques, mais dans lesquels l’intensité des phénomènes semble diminuer à mesure que s’accroît l’étendue des surfaces. Même échelonnement des pressions barométriques, depuis le minimum placé au centre du mouvement tournant jusqu’aux limites extérieures, même calme relatif dans la partie centrale, mêmes manifestations électriques sur la vaste couronne de nuages sombres chargés de pluie de la partie moyenne, même déplacement progressif de l’axe, en un mot c’est le même phénomène à l’intensité près. L’Observatoire de Paris, à qui appartient la gloire de cette découverte, crut devoir désigner sous le nom de bourrasques nos cyclones européens. Ce vocable n’est peut-être pas des mieux choisis, mais on aurait mauvaise grâce à soulever une querelle de mots en présence d’une découverte qui constitue une des plus sérieuses conquêtes de la météorologie contemporaine.

Pour bien préciser le fait capital dont il s’agit, prenons un exemple emprunté aux bulletins quotidiens de l’Observatoire de Paris. Le 26 février 1873, à huit heures du matin, le minimum des pressions atmosphériques était aux environs de Greencastle, au nord de l’Irlande. L’isobare de 730, c’est-à-dire la ligne passant par tous les points où la pression était de 730 millimètres, coupait l’Irlande de la baie de Sligo à Drogheda et la mer d’Irlande au sud de l’île de Man, remontait vers l’Ecosse, passait par Glasgow, Inverary, l’île de Mull, et revenait à son point de départ de la baie de Sligo, complétant ainsi un circuit fermé ayant à peu près la forme d’un ovale. L’isobare de 735, enveloppant la première, abordait la pointe sud