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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/826

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modifié l’aspect de certains quartiers de Paris, on fut étonné de l’énorme quantité de sépultures que l’on mettait au jour; chaque coup de pioche pour ainsi dire faisait jaillir des ossemens. On les porta dans l’ancien cimetière de l’Ouest, fermé depuis 1825 et que l’on avait converti en un vaste ossuaire; on s’aperçut un jour qu’il contenait 1,110 mètres cubes d’ossemens trouvés en fouillant la voie publique. L’entassement devenait une gêne; un arrêté préfectoral pris en 1859 fit envoyer tous ces débris aux catacombes. Quelques-uns de ces restes éveillèrent l’attention. Au mois d’octobre 1864, en creusant un branchement d’égout pour la maison portant le n° 4 de la rue de la Paix, maison qui prenait la place de la caserne des pompiers, on trouva le cercueil en plomb contenant le corps de la duchesse de Guise, princesse de Joinville, veuve en premières noces du prince de Bourbon et décédée en 1656. Elle avait été inhumée au couvent des capucines, à travers les dépendances duquel la rue de la Paix avait été tracée.

Les différens cimetières que j’ai indiqués étaient réservés aux catholiques; avant la révocation de l’édit de Nantes, les protestans en possédaient un qui leur était officiellement consacré : il était situé rue des Saints-Pères, sur l’emplacement occupé aujourd’hui par l’École des ponts et chaussées; mais après le 22 octobre 1685, rejetés hors du droit commun, ils durent pourvoir à leur sépulture et cherchèrent dans Paris des lieux secrets, ignorés sinon inconnus, où ils purent inhumer leurs morts. Les enterremens se faisaient la nuit; on ne savait quelles précautions imaginer pour déjouer la surveillance; il y allait de la vie ou tout au moins des galères à perpétuité. De deux rapports que j’ai sous les yeux, l’un daté du 17 mai 1694 et adressé à La Reynie, l’autre du 7 mai 1696 et transmis au procureur-général, il résulte que l’on portait ces malheureux dans des jardins de propriétés particulières, où l’on pouvait. On recommande à la police, à la prévôté de Paris, aux juges du Châtelet, d’être très attentifs et de réprimer de tels scandales. Les plus grands personnages se mêlent de ce genre d’espionnage, et Monsieur, « frère du roy, » dénonce à Louis XIV « qu’il vit, il y a quelque temps, passer dans la rue Saint-Honoré pendant la nuit un chariot couvert de blanc, dans lequel on prétend qu’estoient les corps de ceux de la R. P. R., lesquels on va enterrer dans un cimetière près du Roulle. » Une autre dénonciation apprend qu’on les inhume aussi dans un jardin situé vers les Gobelins. La Hollande, le Danemark, l’Angleterre, réclamèrent diplomatiquement un lieu de sépulture pour les protestans de ces nations qui mouraient à Paris. On accorda 276 toises, dont 31 occupées par les bâtimens, rue de la Voirie, dans le haut du faubourg Saint-Martin. Pendant le XVIIIe siècle, on était plus tolérant, et