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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/809

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sous la forme de huit pavillons en pierre, isolés les uns des autres, et affectés chacun à un service particulier, à l’exposition et à la vente d’un genre spécial de denrées.

Qui n’aurait cru dès lors que l’on touchait au terme des ajournemens et des incertitudes? Bientôt en effet les travaux, activement poussés, aboutissaient à l’achèvement d’un de ces pavillons, et l’on posait déjà les fermes du comble lorsque les réclamations, les protestations même des plus directement intéressés vinrent soulever des difficultés nouvelles et tout remettre une fois de plus en question. L’entassement à outrance de ces pierres, destinées pour ainsi dire à embastiller des fruits ou des légumes, ne laissa pas d’effrayer les gens qui devaient par état subir, eux aussi, une incarcération quotidienne dans la même citadelle, et, les mauvais plaisans s’étant à leur tour unis aux mécontens, on n’appela plus que « le fort de la halle » ce trop robuste spécimen des sept autres monumens futurs.

Baltard n’était pas en réalité responsable de l’erreur commise, puisqu’il n’avait fait que mettre en œuvre les idées qui avaient prévalu dans le sein du conseil municipal, et néanmoins ce fut à lui qu’on s’en prit. Sa situation devenait critique, surtout depuis que l’empereur, après un examen sur les lieux, avait paru condamner les travaux en cours d’exécution et les travaux conformes qui devaient suivre. Bien plus l’ordre formel fut donné d’arrêter le tout et de suspendre les paiemens de l’agence. Sous un coup aussi terrible, un autre eût fléchi; Baltard se redressa. Au lieu de perdre son temps ou de compromettre sa dignité dans des essais de justification inutiles, il ne répondit à ses détracteurs que par les efforts nouveaux de son talent, et, au bout de quelques jours d’un travail acharné, il produisait des plans, bien personnels cette fois, où la fonte, la brique et le verre remplaçaient partout les pierres de taille, où l’air et la lumière se substituaient à l’atmosphère obscure d’un local inexorablement muré, et les grandes voies intérieures divisant Tine superficie unique au morcellement du sol en enclos séparés.

Pour le coup, le problème était résolu, et résolu de manière à défier les objections, de quelque côté qu’elles pussent venir. Personne d’ailleurs n’eut la tentation d’en élever contre le projet lui-même. A peine essaya-t-on de signaler les prétendus emprunts que Baltard aurait faits aux plans antérieurs d’un de ses confrères, imputation dont il devait plus tard se justifier dans les pages qui accompagnent les planches du recueil publié par lui en 1863 [1]. Lorsque la première moitié du gigantesque édifice, terminée dans le courant de 1857, eut permis de pressentir ce que serait l’ensemble,

  1. Monographie des Halles centrales de Paris, in-folio.