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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/729

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REVUE. — CHRONIQUE.

pour leur cause de tous ces mots retentissans de plébiscite, d’appel au peuple, de souveraineté nationale. Il est bien clair maintenant que, même en dehors des sept ou huit les plus intraitables, M. Dahirel, M. de Franclieu, M. Du Temple, M. de Belcastel, etc., qui ont refusé absolument leurs suffrages à la prorogation, bon nombre d’entre les légitimistes n’ont voté le septennat qu’avec peine et avec une arrière-pensée. D’abord c’était comme un expédient de stratégie imaginé ou accepté par eux pour couvrir une retraite après la déroute des espérances monarchiques, et puis évidemment ils ne prenaient pas eux-mêmes trop au sérieux ce qu’ils faisaient. Ils croyaient tout simplement faire face à une circonstance imprévue, au danger d’une crise qui pouvait être fatale à leur parti. Le septennat, c’était un moyen de gagner du temps, et pendant ce temps, à l’abri d’un pouvoir protecteur, on pourrait peut-être renouer tous les fils des combinaisons monarchiques. Ils sont pleins de finesse et de diplomatie, ces habiles gens qui depuis le premier moment ont toujours semblé dire en clignant l’œil : Sept ans, sept ans, oui sans doute, c’est bon pour les autres, bon contre les républicains, contre M. Thiers. Les sept ans ne sont rien pour nous, ils n’auront de valeur que si nous ne réussissons pas ; si une occasion favorable se présente, le gouvernement est à nous, le maréchal de Mac-Mahon sera trop heureux de nous rendre volontairement le pouvoir que nous lui avons confié. — Ils l’ont cru, et, en politiques moins habiles encore que naïfs, ils ont compté sur les miracles, les processions et de nouveaux pèlerinages pour réussir là où la diplomatie de M. Chesnelong a si bizarrement échoué le dernier automne. Sans trop y réfléchir, ils ont prétendu faire de M. le président de la république une sorte de gérant temporaire et commode d’un interrègne, en attendant que la grâce efficace fît surgir du sein du pays un mouvement royaliste, du sein de l’assemblée une majorité monarchique. On aurait pu attendre longtemps.

Assurément légitimistes et bonapartistes ont un but et des procédés différens ; ils ne s’entendent que sur un point, ils ne veulent sérieusement ni de la prorogation, ni de l’organisation constitutionnelle du septennat, ni d’un régime existant par lui-même, offrant au pays des garanties de régularité, de fixité. Or de deux choses l’une, ou M. le président de la république, pour se prêter aux arrière-pensées des uns ou des autres, aurait été nécessairement conduit à tromper quelqu’un, — ou, pour rester dans la loyauté de son rôle, il n’avait qu’une politique à suivre : s’affranchir de tous les calculs de partis, s’en tenir à la position qui lui a été faite, aux pouvoirs qui lui ont été confiés, aux conditions dans lesquelles on est convenu d’établir son gouvernement. M. le maréchal de Mac-Mahon n’a point eu certainement de peine à faire son choix, et, puisque de tous les côtés on lui a si souvent rappelé le mot qu’il prononçait un jour sur le bastion de Malakof : « j’y suis, j’y reste ! » il n’a tout simplement qu’à répéter aujourd’hui que, placé