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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/673

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ressemblance entre les deux princes. L’effigie de Guy, — comme celle de beaucoup de seigneurs de cette époque, — est revêtue non de l’armure de guerre, mais d’une simple tunique d’étoffe, collante au corps, descendant à peine jusqu’aux genoux et se plissant à la jupe en petits tuyaux, vêtement assez analogue en somme à l’uniforme d’un de nos officiers d’infanterie. Cette tunique est serrée à la taille par un ceinturon auquel est accrochée l’épée du mort, serrée étroitement dans sa gaîne et descendant tout le long de la cuisse ; gaîne et ceinturon sont semés de la manière la plus familière et la plus amusante d’innombrables petits poissons qui sont là pour représenter le blason parlant du comte, mais qui ressemblent plus à de petites carpes qu’à des dauphins. Aux deux côtés de Guy, deux anges sont agenouillés : l’un soulève un reste de guirlande, l’autre soulevait un encensoir, aujourd’hui séparé de sa main. Ces anges, qui dans les deux siècles suivans vont devenir un des ornemens ordinaires des monumens funèbres, mais qui sont beaucoup moins communs dans les tombeaux de cette époque, ont ici plus qu’une valeur d’ornement, ils ont charge de rappeler la piété de Guy, de son vivant grand donateur et fondateur d’établissemens religieux, tels que l’abbaye de Valbenoîte, près de Saint-Étienne, et cette collégiale même de Notre-Dame. Enfin l’œuvre, prise dans son ensemble, est remarquable par sa conformité avec la condition du mort qu’elle précise avec honnêteté, sans exagération d’orgueil et sans pointe de vanité princière; le rang du comte dans l’échelle de la souveraineté féodale s’y révèle avec exactitude; c’est la statue d’un vassal puissant et non celle d’un suzerain véritable, d’un chef militaire et politique du premier rang plutôt que celle d’un prince. Avant de nous éloigner de cette statue de Guy, n’oublions pas de jeter un regard sur un autre tombeau de la fin du XIIIe siècle qui lui fait face. Ce monument, plus digne d’être remarqué qu’il ne semble l’avoir été jusqu’à présent, est celui d’un vieux légiste ecclésiastique, Pierre ou Jean de Verneto. Il est d’une exécution simple, mais habile dans sa modestie, qui dit bien que l’homme dont il présente l’image fut un des studieux, non un des puissans de ce monde, et d’une expression pieuse où règne cette douceur souriante que l’imagination aime à prêter aux honnêtes morts et qui s’y rencontre quelquefois.

C’est en 1223 que sur l’invitation de son oncle et tuteur, Renaud de Forez, archevêque de Lyon, Guy jeta les fondemens de cette église de Notre-Dame de l’Espérance où il fut enseveli, et dont il confia le gouvernement à un collège de chanoines; mais l’œuvre mit plus de deux siècles à se compléter, ce-qui peut expliquer comment ce bel édifice offre beaucoup plutôt les caractères du gothique des époques qui suivirent que ceux de l’époque où elle fut fondée, si j’essaie de formuler l’impression qu’elle m’a laissée, je trouve