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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/656

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qu’une qui ressemble à Saint-Etienne, c’est La Rochelle ; cette ressemblance est aussi étroite qu’elle peut l’être entre une ville du littoral et une ville de l’intérieur des terres. Comme Saint-Étienne, La Rochelle est remarquable par son absence complète de beauté, qui frappe d’autant plus que toutes les villes voisines de l’Angoumois et de la Saintonge sont remarquablement jolies. Pas plus que celle de Saint-Étienne, les enjolivemens modernes n’ont réussi à égayer la physionomie grave et soucieuse de La Rochelle. A la vérité, Saint-Étienne emporte la palme pour la laideur des monumens, car la nature de son emplacement lui refuse l’analogue de cette admirable entrée du port de La Rochelle, qui forme l’un des plus magnifiques sujets de paysages marins à la façon de Claude Lorrain et de Joseph Vernet qu’un grand peintre puisse rêver, et la fortune de son histoire lui a refusé l’analogue de ce noble hôtel de ville qui fait passer comme un courant de l’air vivifiant de la renaissance à travers l’atmosphère quelque peu lourde de la cité marchande ; en revanche, les églises de l’une et de l’autre ville n’ont rien à s’envier pour la mauvaise grâce et l’absence d’intérêt. Eh bien ! en dépit de tout, l’image de La Rochelle, comme celle de Saint-Étienne, s’enfonce profondément dans le souvenir, et, pour les mêmes raisons, elle a de la force et du caractère.

Le travail, voilà quel fut de tout temps le génie de Saint-Étienne; il serait vain d’en chercher un autre. Ce n’est pas que Saint-Étienne n’ait pas d’histoire, mais cette histoire est pour ainsi dire de contre-coup et de choc en retour; aucun des mouvemens de notre existence nationale n’est originairement parti de ces régions. Aussi la trace du passé y est-elle bien peu marquée, et a-t-on bientôt fait de glaner les quelques souvenirs qui y conservent encore existence de mânes. Entrons par exemple dans les églises, qui sont partout aujourd’hui en France des manières d’archives vivantes, les seules d’ailleurs que nous voulions consulter dans ces excursions, parce qu’elles sont les seules qui se lient à quelque chose ayant encore forme et couleur, ou palpitant encore d’un reste de grandeur et de passion. Dans la plus spacieuse, dédiée, je crois, à Notre-Dame, j’aperçois un pauvre bébé du peuple qui trotte de toute la vitesse de ses petits pieds nus pour aller baiser des reliques exposées à la vénération des fidèles ; ce sont celles de saint Ennemond, un vieux saint de l’époque mérovingienne, resté célèbre dans cette région, où plusieurs localités lui doivent leur origine et qui combattit le véritable bon combat de son temps, car il fut compagnon zélé du grand saint Léger dans sa lutte contre Ébroïn. Dans les églises dédiées à saint Louis et à saint Etienne, je rencontre le souvenir de religieux morts au XVIIe siècle en soignant les pestiférés, ce