Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/585

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de Prague jeta par les fenêtres du Hradschin Slawala un protestant bohême converti au catholicisme et Martinitz, les deux magistrats qui avaient donné le signal de la persécution. L’élection d’un empereur approchait; le vieil empereur Mathias alla de sa personne avec Ferdinand à Dresde pour demander à l’électeur, qui était cependant le chef des luthériens, de donner sa voix au jeune roi de Bohême. « L’empereur était malade, dit M. Motley, le roi Ferdinand était frugal, mais l’électeur était un fort buveur. Ce n’était ni son habitude, ni celle de ses conseillers, de se mettre eux-mêmes au lit: on les y portait généralement; mais Ferdinand voulait être conciliant, et se conduisit aussi bien que possible au banquet. L’électeur était aussi un fort chasseur. Aucun de ses hôtes impériaux ne se souciait de chasser, mais on les mit à la fenêtre d’une maison de chasse, et sous leurs yeux l’électeur et ses courtisans tuèrent 8 ours, 10 cerfs, 10 sangliers et 11 blaireaux, sans compter beaucoup d’autres animaux.» La chronique raconte de ce Nemrod qu’avant de mourir il avait tué 28,000 sangliers, 208 ours, 3,543 loups, 200 blaireaux, 18,967 renards, sans compter les cerfs et les daims, ce qui faisait un total de 113,629 animaux. Il est clair, comme dit M. Motley, que le chef du parti protestant n’avait pas vécu en vain. Il promit sa voix à Ferdinand; on s’embrassait avant de se battre. L’empereur avait à peine le dos tourné, que l’électeur de Saxe célébra le grand jubilé, le centième anniversaire de la réforme. Mathias étant mort peu après, il tint pourtant sa parole; Brandebourg, l’électeur palatin lui-même, le gendre du roi Jacques, donnèrent comme lui leur voix à Ferdinand. Le jeune archiduc fut élu à l’unanimité; mais le jour même où le résultat du vote fut annoncé à Francfort, on apprit que les états de Bohême avaient prononcé la déchéance de Ferdinand et élu pour roi l’électeur palatin.


IV.

La guerre était imminente : Maurice résolut, avant d’y jouer son rôle, d’asseoir solidement son autorité dans les Provinces-Unies. Les états de la province de Hollande étaient dans la main de Barneveld : les doubles puritains, les partisans de Maurice, réclamaient un synode national; les états de Hollande se déclarèrent contre le synode en faveur de l’indépendance religieuse des provinces. Barneveld fit plus; il autorisa les villes à faire des levées pour leur propre compte, à défendre leurs temples, leurs fabriques, composées à moitié de laïques, à moitié de ministres; les municipalités enrôlèrent des waartgelders, armèrent des gardes civiques. A Leyde, la municipalité entoura l’hôtel de ville de retranchemens, de palissades,