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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/583

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coupée en trois cents petites souverainetés, imaginer ce qu’était l’empereur des Romains et le voir, comme Charles-Quint, avec la double couronne. Que deviendraient alors la petite Hollande et la maison d’Orange, quand le roi d’Angleterre lui-même était prêt à mendier une infante? Une force secrète ramenait pourtant toujours Maurice à l’Angleterre ; il semble qu’il ait deviné l’avenir réservé à sa maison, et compris que le mariage de l’Angleterre et des Stuarts ne serait plus long. Jacques d’ailleurs, quand il désespérait de rien obtenir de l’Espagne, revenait aussi à la Hollande; le sort de Barneveld, resté fidèle à l’alliance française, fut peut-être décidé dans une entrevue que Maurice eut à Arnheim avec sir Ralph Winwood, l’ambassadeur anglais (M. Motley a trouvé le récit de cette entrevue dans les manuscrits des archives de Hatfield). Maurice parle de la nécessité de former une ligue évangélique, qui ferait obstacle aux plans de la ligue catholique; la ligue évangélique devait embrasser l’Angleterre, le Danemark, la Suède, les princes allemands, les cantons protestans de Suisse, les Provinces-Unies, les huguenots français; le roi d’Angleterre en serait le chef et le protecteur. « C’est là, dit Maurice, le seul coupe-gorge des complots de la France et de l’Espagne. » — « Et quelle apparence, lui dit Winwood, y a-t-il que les Provinces-Unies entrent dans cette confédération, puisque la foi religieuse y est ébranlée chaque jour? Celui qui gouverne la Hollande est le patron de Vorstius et des arminiens schismatiques. Comment les huguenots français peuvent-ils avoir confiance dans un homme qui est à la dévotion de la France? » Maurice avoua que Barneveld n’avait nul souci de la religion, mais, sauf quelques villes, les Provinces-Unies, ajouta-t-il, ne sont pas infectées par l’hérésie. « Il m’est plus difficile de vous satisfaire sur le second point, car je reconnais que Barneveld est tout à fait dévoué au service de la France. Pendant les négociations de la trêve, le président Jeannin vint à moi après un différend que j’avais eu avec Barneveld, me pria, au nom du roi de France, de bien traiter quelqu’un qu’il avait pris sous sa protection. Les lettres que l’ambassadeur des états en France écrivait à Barneveld, Barneveld les envoya en autographe aux mains de Villeroy. »

Pour comprendre cette perfide accusation, il faut se souvenir qu’on avait volé des dépêches à Aerssens; celui-ci, devenu l’ennemi juré de Barneveld, avait répandu l’accusation dont Maurice ne rougissait pas de se faire l’écho, oubliant qu’il parlait du premier ministre de son pays à l’envoyé d’un souverain étranger. Le prince se répandit sur les dangers que courait son pays, quand la France et l’Espagne avaient l’œil partout, et laissa tomber enfin ces menaçantes paroles : « il faut donc que de bonnes résolutions soient prises