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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/438

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administrateurs autorisés ; les gouvernemens de Londres et de Calcutta n’en ont tenu aucun compte. Ils ont répondu qu’il en coûterait trop cher de se lancer si loin en avant, que la situation du budget ne permettait pas d’y consacrer les 2 ou 3 millions de livres sterling nécessaires, que d’ailleurs c’est une chimère de prévoir si longtemps d’avance une guerre contre la Russie sur les pentes de l’Hindou-Kouch. Ils se sont résignés à assister en témoins impassibles aux révolutions récentes de l’Afghanistan et de la Bokharie..

En laissant même de côté toute pensée belliqueuse, cette insouciance ne se justifie pas, car la première préoccupation des Anglais devrait être de créer une voie de communication terrestre entre l’Inde et l’Europe. L’établissement d’un chemin de fer indo-européen leur serait d’un si grand profit qu’il y a sans cesse quelque projet de ce genre en discussion. D’abord ce fut par Scutari, Erzeroum, Téhéran et Hérat; la ligne ne traverse que l’Asie-Mineure et la Perse, mais elle parcourt un sol tellement accidenté que la construction en eût été bien difficile. Depuis que les Russes ont gagné du terrain, d’autres tracés ont été indiqués. Une voie ferrée, venant de l’intérieur de la Russie, atteindra bientôt Vladicaucaz en Circassie. Il serait aisé de la prolonger, à travers un pays plat et peuplé, par Bakou, jusqu’à Recht, l’une des extrémités du vaste réseau de railways que le shah de Perse avait récemment concédé. De Téhéran à la frontière anglo-indienne, par Meched et Hérat, les obstacles sont médiocres, mais la contrée est sujette aux razzias de tribus turbulentes qui n’obéissent à aucun maître. De plus, les provinces du Caucase, la Perse et le Khorassan que traverserait cette ligne sont pauvres et ne fourniraient à la voie projetée qu’un trafic insignifiant.

Il n’en est plus de même, si l’on remonte vers le nord, comme le voudraient les Russes et aussi les Allemands. Il y a longtemps déjà que l’opinion publique s’occupe en Russie d’un chemin de fer vers la Chine à travers la région que le tsar a récemment conquise au sud de la Sibérie. Que cette ligne parte d’Orenbourg ou d’Ekaterinebourg, elle se dirigerait à travers les steppes kirghises vers le lac Balkach et la vallée de l’Illi, où les mines de houille paraissent abondantes, où la vigne, le tabac et l’indigo sont acclimatés. Le mouvement commercial de Tachkend, ville de 100,000 âmes et le principal entrepôt de la Transoxiane, s’opère déjà dans cette direction. De cette grande voie internationale se détacherait comme un embranchement le chemin de fer de M. de Lesseps, qui doit passer par Samarcande et Balk avant d’atteindre l’Hindou-Kouch. Ce railway, qui réunirait l’Europe, l’Inde et la Chine, deviendrait assurément l’artère magistrale du commerce du monde. Les patrons de cette entre-