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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/432

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bott et le lieutenant Shakespear partirent pour Khiva, — avec quelles instructions? On ne saurait le dire au juste. Il paraît que la Russie menaçait de s’emparer de cette ville afin de délivrer les prisonniers que Allahkhuli-Khan retenait en esclavage, et que les Anglais se flattaient d’empêcher les Russes de se mettre en campagne en leur faisant obtenir satisfaction. Abbott et Shakespear eurent du moins le talent de revenir sains et saufs.

Malgré l’insuccès de Stoddart, les Anglais ne renonçaient pas à s’entendre avec l’émir de Bokhara; bien plus, ils nourrissaient l’espoir chimérique de réunir en une seule confédération les Ousbegs de l’Asie centrale. Le capitaine Conolly, qui se mit en route au mois de septembre 1840, alors que les Anglais occupaient Caboul, devait, parait-il, négocier l’alliance des khans de Khiva, Bokhara et Khokand. A Khiva, on le reçut bien, quoiqu’on ayant l’air de ne pas comprendre ce que voulaient dire les mots d’alliance et d’abolition de l’esclavage. Le khan de Khokand ne fut pas moins hospitalier; il espérait se servir de cet officier européen dans la guerre qu’il soutenait à ce moment contre Nasroullah. Quant à ce dernier, il eut la malice de faire écrire par Stoddart une lettre à Conolly, l’engageant à venir le visiter dans son camp. Conolly se rendit sans défiance à cette invitation; quelques jours après, il était en prison à côté de son compatriote. Il est juste de dire que de puissantes intercessions s’efforcèrent d’arracher ces deux victimes à la mort qui les menaçait. Le shah de Perse, le sultan de Constantinople, engagèrent l’émir à se montrer clément. Le major Boutenief, qui était à Bokhara chef d’une ambassade russe, moitié scientifique, moitié politique, sollicitait avec le zèle le plus louable la permission d’emmener ces deux officiers en Russie. Nasroullah ne voulait pas lâcher ses prisonniers. Aussi longtemps que les Anglais restèrent maîtres des passes de l’Hindou-Kouch, il se crut obligé de garder quelques ménagemens, car en dépit de la confiance qu’il avait en ses soldats, il ne se souciait guère de voir une armée européenne s’avancer par Balk et Karchi; au commencement de 1842, on apprit à Bokhara que les Afghans s’étaient insurgés contre le protégé de lord Auckland, vers la même époque, l’ambassade russe se remit en route pour Orenbourg. Débarrassé de tout frein et de toute crainte, Nasroullah fit exécuter Stoddart et Conolly sur la grande place de sa capitale au milieu d’une foule nombreuse à laquelle le malheureux sort des deux Anglais n’inspirait nulle pitié. Ainsi se termina par l’échec le plus complet la première et dernière tentative du gouvernement anglo-indien de s’insinuer dans les affaires intérieures de l’Asie centrale. C’est qu’aussi lord Auckland et ses conseillers étaient vraiment par trop présomptueux de prétendre intervenir pacifiquement au milieu de ces nations corrompues, d’autant plus que cette inter-