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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/414

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hommes et de l’argent pour continuer la lutte. L’Afghanistan parut alors sur le point de se démembrer, car les vainqueurs ne possédaient en réalité que Caboul et Ghuzni, tandis qu’un autre frère, Fyz-Mohamed, se déclarait indépendant dans les provinces au nord de l’Hindou-Kouch.

Le règne de l’émir Afzul-Khan n’était pas prospère. Ce prince, abruti par les débauches dont il avait pris l’habitude tandis qu’il était captif, vivait au fond de son palais. Abdoulrahman, jeune et vaillant, n’était pas écouté. Le vrai maître était Azim, homme cruel et rapace, dont les continuelles exactions mécontentaient le peuple. On raconte que les caravanes venues de l’Asie centrale étaient soumises à des impôts forcés et à des droits de douanes réitérés qui ruinaient tout commerce, et que même, un jour qu’il était à court d’argent, il n’imagina rien de mieux que de s’attribuer le monopole des grains arrivés dans la capitale, afin de les revendre à des prix exorbitans. Se défiant avec raison de ses innombrables neveux et cousins, que le succès lui avait d’abord ramenés, il fit tuer les uns, emprisonner les autres. Toutefois en janvier 1867, la fortune parut encore lui sourire, car il battit Shire-Ali, qui s’avançait avec une assez belle armée, et qui cette fois perdit la ville de Candahar. La guerre civile était du reste strictement confinée aux frontières de l’Afghanistan. Le shah de Perse était neutre. Sir John Lawrence, bien que favorable en paroles à l’héritier légitime de Dost-Mohamed, ne lui fournissait aucun secours, il ne refusait même pas d’entrer en rapports avec l’usurpateur qui régnait à Caboul. Cependant, Afzul étant mort, Azim-Khan se fit proclamer émir à sa place. Il ne jouit pas longtemps du pouvoir suprême. Menacé vers le nord par Fyz-Mohamed, en même temps que Shire-Ali s’avançait par Candahar et Ghuzni, il n’avait plus la force de retenir autour de lui ses anciens partisans. Ceux-ci désertaient à l’envi, sentant que la cause de leur chef était perdue. Shire-Ali rentra dans sa capitale le 8 septembre 1868. Ce fut la fin de cette lutte de cinq années, qui avait ruiné le pays, mais qui avait eu du moins l’avantage de diminuer le nombre des prétendans; plusieurs avaient succombé sur les champs de bataille, quelques-uns s’étaient volontairement exilés, d’autres avaient fait preuve d’une telle versatilité d’opinions, passant tour à tour de l’un à l’autre parti, que la population n’avait plus confiance en eux.

Quelle fut l’attitude des Anglais pendant cette longue guerre civile dont le commerce du Pendjab avait sans doute beaucoup à souffrir, puisque les caravanes dirigées vers l’Asie centrale étaient pillées ou rançonnées? Le vice-roi semblait avoir pris la résolution de s’en tenir à l’écart. Bien que l’Afghanistan fût la frontière des pos-