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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/359

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tard des archives spéciales, détaillées, quotidiennes, où les historiens de l’avenir trouveront sans peine les élémens qui permettront de reconstituer notre vie actuelle; l’économie politique, la philosophie, la science abstraite, y découvriront des renseignemens dont elles profiteront au grand bénéfice des populations futures, et que malheureusement le passé ne nous a pas légués.

Le dernier recensement date de 1872 ; nous avons donc des chiffres contemporains, qui nous permettent de parler avec précision du nombre d’habitans répandus dans notre ville. Paris renferme un groupe de 1,851,792 individus, parmi lesquels il faut compter la garnison, qui s’élève à 33,082 hommes. C’est là la population de Paris, mais ce n’est point la population parisienne; celle-ci n’est en réalité que de 642,718 personnes qui sont comme noyées au milieu de 1,031,865 provinciaux et de 177,209 étrangers établis à demeure parmi nous. Ces chiffres sont très importans, il est bon de les retenir; ils contiennent des révélations que nous aurons à faire valoir lorsque nous nous occuperons spécialement du Parisien, être peu connu et trop souvent calomnié par ceux qui en parlent sans l’avoir étudié. A Paris, le nombre des hommes dépasse légèrement celui des femmes; si chacun cherchait et trouvait « sa compagne, » 2,656 hommes resteraient dépourvus [1]. Ceci n’est pas à craindre, car la population semble se diviser en deux parties à peu près égales, 948,877 célibataires des deux sexes, et 902,915 mariés ou veufs. Il n’y a donc que la plus faible moitié du groupe parisien qui concourt légitimement à l’accroissement de la population : aussi les naissances ne sont point en rapport avec la totalité des habitans ; c’est là un danger grave qui peut compromettre l’avenir et qui n’existe pas seulement pour Paris, car il est commun à toute la France.

Les économistes se sont souvent préoccupés de cette question, et ils ont poussé plusieurs fois des cris d’alarme qui n’ont point été entendus ; l’intérêt personnel domine et fait oublier l’intérêt général. On sait que l’Angleterre double sa population en cinquante-deux ans, la Prusse en cinquante-quatre, et que, pour obtenir les mêmes résultats, la France emploie cent quatre-vingt-dix-huit ans [2]. A propos du dernier dénombrement, M. le docteur Lagneau a lu à l’Académie de Médecine un mémoire qui devrait donner à réfléchir; le recensement quinquennal précédent, clos en 1866, avait établi que dans une période de cinq ans la population de la France avait augmenté de 38 habitans pour 10,000, ce qui est une proportion

  1. Le contraire a lieu pour Londres, Vienne, Bruxelles, Naples, Lyon, Bordeaux, etc. Pour Lyon, le recensement de 1872 donne 156,700 hommes et 166,717 femmes.
  2. Voyez, dans la Revue du 15 mars 1870, l’étude de M. Léon Le Fort sur la Mortalité des enfans nouveau-nés.