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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/348

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A défaut de cette statistique morale, la statistique matérielle abonde en renseignemens qui ont du prix et peuvent éclairer bien des points obscurs de la vie parisienne. Sous ce rapport, nous n’avons rien à désirer; les gouvernemens, qui se succèdent rapidement en France, ont tous attaché une importance exceptionnelle à la bonne tenue de ce que l’on nomme les registres de l’état civil. Au fur et à mesure que les relations sociales ont pris une assiette régulière, que la justice s’est dégagée des formules dont le moyen âge l’avait obscurcie, que la religion a vu une garantie pour elle-même dans la constitution légale de la famille, on a cherché à établir et à conserver les preuves testimoniales des trois grands actes de la vie humaine. En constatant par des pièces authentiques la naissance, le mariage et le décès des individus, on confirmait le passé des familles, et l’on en assurait l’avenir; la preuve légitime de la filiation et des alliances consacrait le droit à la possession; l’état civil a donc été dans les pays coutumiers, dans les pays de droit romain et même dans les pays saisis par la conquête, la base la plus sérieuse de la propriété et de la société; il éclaire la justice, détermine les relations des hommes entre eux et préside à leurs transactions. Ce rôle multiple et bienfaisant n’a pas toujours été compris; mais aujourd’hui notre état civil offre toute garantie et rend d’inappréciables services à la population parisienne, pour laquelle il représente le cartulaire des papiers de famille.


I. — LES REGISTRES.

L’état civil, comme nous le voyons fonctionner, est très moderne; il date de 1792. Avant cette époque, il était exclusivement confié au clergé, qui, dans chaque paroisse, devait tenir des registres appelés registres curiaux, sur lesquels on inscrivait les baptêmes, les bénédictions nuptiales et les services funèbres. L’extrait, certifié conforme, de ces registres servait d’acte authentique et faisait foi. Ces cahiers, tous détruits aujourd’hui, mais que nous avons vus jadis, étaient rédigés assez régulièrement; pourtant il n’en avait pas toujours été ainsi, et il fallut bien des ordonnances royales pour que les curés y missent quelque soin. Dans le principe, le registre déposé à la sacristie était une sorte de mémento sur lequel on relatait, à côté de certains actes accomplis dans l’église, toute sorte de choses qui très souvent n’avaient aucun caractère officiel ou sacré. M. Berriat-Saint-Prix relève d’étranges annotations dans un des registres de Saint-Paul, rédigé par un vicaire qui n’oublie pas les étrennes qu’il a reçues, entre autres, une bouteille d’hippocras, une talmouse, un lapin de garenne, une pistole d’Espagne. A la suite d’un service funèbre fait le 29 octobre 1650, il ajoute :