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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/241

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à donner, soit en fait de mythologie, soit en fait d’histoire, des idées inexactes, ou même tout à fait erronées. En second lieu, en associant des élémens d’époques et de styles différens, on a formé des ensembles d’un caractère mixte et en quelque sorte hybride, de nature à égarer le jugement des historiens et les critiques de l’art, et même à fausser le sens des artistes. Pour ne prendre des exemples que parmi les statues que renferme le Louvre, le Discobole a une tête qui pourrait avoir été celle d’un Hercule, et deux bras modernes; le Jason a une tête d’une beauté supérieure encore peut-être à celle du corps, mais qui ne lui appartient pas; le bras gauche et une partie du bras droit sont des restaurations plus que médiocres. Dans l’Amazone blessée, il n’y a d’antique que la tête et la partie supérieure du corps; la partie inférieure, restaurée avec talent, offre une robe flottante jusqu’aux pieds, tandis que le costume de l’original avait dû consister, comme le montrent un grand nombre de répétitions du même type, en une tunique relevée au-dessus du genou. Au contraire, dans la Polymnie que contient la même salle, il n’y a d’antique que la partie inférieure, depuis les hanches ; tout le reste est l’œuvre d’un artiste moderne. Le prétendu Bonus Eventus, est un Apollon d’ancien style, dont la tête et le torse seulement sont antiques. Une médaille romaine offre une figure assez semblable, mais tenant des épis dans sa main droite, avec la légende bonus eventus. Notre statue a été restaurée d’après cette médaille, et d’un dieu des premières époques grecques on a fait ainsi une de ces divinités allégoriques dont la numismatique romaine de l’époque impériale offre de si nombreux exemples. Deux statues placées, l’une dans la salle des Caryatides, l’autre dans la Salle-Ronde, nous montrent de jeunes hommes, les bras et les mains protégés par des courroies entrelacées, comme les avaient chez les Grecs ceux qui exerçaient le pugilat : ce sont des sculpteurs modernes qui ont fait ces bras et ces mains, et qui, sans que rien les y autorisât, ont ainsi créé un Pugile et un Pollux. Ce dernier est un composé, outre les bras et les jambes, faits de toutes pièces par le restaurateur, d’un torse d’ancien style grec, et d’une tête aussi d’ancien style, mais qui avait appartenu à un autre corps. Une statue de femme remarquable par une draperie d’une grande vérité, dont la disposition semble indiquer qu’elle appartenait à une Diane, n’avait plus ni sa tête ni ses bras ; le sculpteur italien l’Algarde lui a donné, avec des bras en bronze, une tête aussi de bronze, coiffée d’une sorte de turban avec mentonnière, de caractère oriental, et la figure a été appelée, d’un nom qui lui est resté, la Zingarella, la bohémienne. Des nombreuses statues impériales que nous possédons, il en est peu dont la tête appartienne au corps qui la porte. Le célèbre et admirable Auguste lui-même est un composé d’une belle tête de cet empereur et d’un corps drapé d’une toge aux larges plis, dont le travail nous semble trahir une époque plus ancienne