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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/237

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Est-ce à dire que l’ancien président de la république cède à un découragement amer ou à un esprit de critique acerbe contre le gouvernement qui lui a succédé ? Nullement, il voit le danger et il le signale ; il garde toute sa confiance, il espère toujours. M. Thiers parle en patriote qui a une foi entière dans les destinées de la France, qui connaît les prodigieuses ressources de notre pays ; il parle aussi en homme qui sent le prix du temps, la nécessité de ne pas laisser le mal s’aggraver, et il l’avoue, il ne voit qu’un moyen : « c’est l’établissement en France d’un gouvernement sensé, ferme, stable, autant que possible, et arrêté dans sa forme pour qu’il soit arrêté dans ses vues, n En d’autres termes, M. Thiers demande aujourd’hui l’organisation de la république comme il l’a proposée pendant qu’il était au pouvoir. Qu’y a-t-il là de surprenant ? Le gouvernement lui-même ne veut-il pas arriver à la constitution du septennat, c’est-à-dire d’un régime sensé, ferme, stable autant que possible, qui pourrait permettre une politique suivie ? Les amis dangereux, qui ne trouvent pas de moyen plus ingénieux pour le défendre que de se livrer à une guerre injurieuse contre M. Thiers, croient-ils servir avec intelligence la cause conservatrice et le septennat en représentant l’ancien président de la république comme un démagogue ? Le gouvernement a certainement assez de clairvoyance pour désavouer les passions haineuses de parti, et pour être persuadé au fond que la meilleure politique pour lui est d’arriver à l’organisation de ce régime conservateur dont M. Thiers signale la nécessité. Et si c’est là, comme nous n’en doutons pas, la pensée du gouvernement, pourquoi ne point se hâter ? Pourquoi laisser l’opinion s’égarer dans le vague et dans l’obscurité ? Pourquoi ne pas couper court à toutes les incertitudes ? On le peut aisément si on le veut, il n’y a qu’à prendre une résolution, et dans le cas où la commission des trente s’attarderait dans une étude qui, en deux mois et demi, n’est pas arrivée à déposer les premiers articles de la loi électorale, le gouvernement peut y suppléer par des propositions formelles directement soumises à l’assemblée.

M. Thiers avait certes raison de le dire ces jours derniers encore à une députation américaine qui est allée le voir : — Il ne faut pas désespérer. Avec de l’ordre, de la patience, un respect sérieux de tous les intérêts conservateurs du pays, on arrivera au but. — Les partis eux-mêmes en viendront à reconnaître que ce qu’ils ont de mieux à faire, c’est d’en finir en organisant la situation qui existe aujourd’hui sous le nom de république, sans prétendre à coup sûr dire ce que la France voudra dans dix ans. Qu’il y ait des hésitations à vaincre, des volontés à stimuler ou des dissidences à calmer dans les partis conservateurs, c’est possible ; mais ce n’est pas là certainement la difficulté la plus sérieuse pour la république. Le plus grand danger qu’elle coure en ce moment lui vient de ceux qui se prétendent ses amis par privilège, et qui à