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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/187

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le fanatisme des musulmans ou la barbarie des Tatars qui, sur ce terrain de même qu’en bien d’autres parties du globe, ont fait rétrograder la civilisation? ou bien est-ce la défiance qu’inspire aux peuplades d’allures indépendantes l’esprit envahisseur des Européens? Quoi qu’il en soit, ces pays devinrent impénétrables pendant quatre ou cinq siècles jusqu’au jour où les armées anglaises et russes les entamèrent. Il n’y a eu que trop d’exemples en ces dernières années de la cruauté des princes indigènes. Conolly et Stoddart ont été mis à mort à Bokhara; Adolphe Schlagintweit et plus récemment M. Hayward ont été assassinés dans le Turkestan oriental. M. Vambéry, familier avec les mœurs et les langues du pays, ne put dépasser Samarcande, encore fut-il plus d’une fois sur le point d’être victime de son zèle. Cependant les explorations continuent et deviennent de jour en jour moins dangereuses, elles nous donnent chaque année de nouvelles lumières sur cette zone d’une immense étendue.


I.

L’Inde anglaise est un pays bien délimité par la nature; l’Océan et les sommets neigeux de l’Himalaya en déterminent nettement les contours. A l’intérieur, il n’existe au contraire aucune de ces frontières naturelles. Ainsi s’explique-t-on que l’invasion légendaire des Aryens et, dans des temps plus modernes, les invasions des mahométans, des Tatars et des Anglais n’aient connu d’autres bornes que la mer, n’aient rencontré de résistance durable que dans les cantons les plus sauvages et les moins fertiles. Le sud de la péninsule, habité par des peuples qu’énervent la douceur du climat et la richesse du sol, a toujours suivi le sort politique des provinces du nord; on en vit la preuve lors de la grande insurrection de 1857, qui n’atteignit pas les gouvernemens de Madras et de Bombay. Or la géographie de cette région du nord où gît en réalité toute la force de la domination britannique est des plus simples : ce sont les bassins de deux beaux fleuves, le Gange et l’Indus, qu’alimentent avec régularité les glaciers de l’Himalaya. C’est là que se trouvent les principales villes : Calcutta, chef-lieu des possessions anglaises, Bénarès, la cité sainte des Hindous, Delhi, l’ancienne capitale des empereurs mongols. En dehors de cette zone, le commerce et non plus la politique fait la fortune des grands centres de population, comme par exemple Bombay, dont le port admirable ne craint aucune concurrence dans l’Océan indien.

C’est aussi dans le nord de la péninsule que le climat est le moins défavorable aux Européens. D’octobre en avril, les nuits sont fraîches, l’atmosphère limpide ; la chaleur, quelquefois fort élevée au