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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/179

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III.

Le parti national-libéral, quelque irrité qu’il soit de voir l’attitude hostile de ce groupe compacte des catholiques et des socialistes, se console en disant que son vieil ennemi, le particularisme, a disparu dans la lutte. En effet, le particularisme n’a joué qu’un rôle très secondaire, même dans ces élections bavaroises qui ont envoyé au parlement, sur 48 députés, 32 ultramontains, au lieu de 16 qui avaient été élus en 1871 : la Bavière a protesté contre la politique religieuse du chancelier, mais elle n’a donné à personne le mandat spécial de défendre contre les empiétemens de la législation fédérale l’indépendance de sa couronne. En Wurtemberg, en Saxe, dans le grand-duché de Bade, dans la Hesse-Darmstadt, dans les états du nord, aucune démonstration n’a été faite en faveur des dynasties locales. Le Hanovre, sur 15 députés, n’a élu que 4 « guelfes » ou partisans du roi George, parmi lesquels, il est vrai, M. le professeur Ewald, qui renouvellera certainement à la tribune l’anathème qu’il lançait à tout propos dans le premier parlement contre « l’œuvre immorale de 1866. » La Hesse-Cassel peut être considérée comme ralliée définitivement à la Prusse. Seule la ville de Francfort a protesté contre l’annexion, par la faute des nationaux-libéraux, qui avaient chargé publiquement leur candidat M. Lasker de « conquérir moralement » l’ancienne ville libre. Les adversaires de M. Lasker ont accepté la question ainsi posée. Interpellé dans les réunions sur un discours prononcé par lui dans le dernier parlement, où il avait flétri la conduite des agens prussiens en Alsace-Lorraine, M. Sonnemann répond qu’un Francfortois ne peut point ne pas compatir à des misères que sa patrie a connues en 1866; à ce propos, il rappelle l’entrevue de M. de Manteuffel avec les trois banquiers qui vinrent demander au général prussien le retrait de la contribution de 25 millions de florins dont la ville avait été frappée : tout ce que put obtenir la députation, ce fut un délai de trois jours. « Mais, dit un des banquiers, que ferez-vous, si l’on ne vous paie point à l’expiration du délai? Vous ne pouvez pourtant pas… — Je lis sur vos lèvres le mot piller, interrompit le général. Eh bien ! oui, je ferai piller ! — Pourquoi ne pas mettre plutôt le feu aux quatre coins de la ville, comme a fait Néron? » Alors M. de Manteuffel, qui est un homme d’esprit, répondit avec un sourire : « Rome a été rebâtie plus belle après l’incendie.» — Dans la plupart des affiches ou des annonces électorales revient la date de 1866. Ne votez pas pour Sonnemann, disent les nationaux-libéraux : « cet homme n’a d’autre souci que de réveiller dans notre ville, en dépit du changement des temps, les vieilles passions, et de prêcher la haine irréconciliable. » — « Élire un na-