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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/172

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cussions, eussions, surtout l’article premier, qui fixe à 401,659 hommes, sans compter les officiers et les volontaires d’un an, l’effectif de l’armée sur le pied de paix, « jusqu’à ce qu’une décision législative en ait autrement disposé. » Les progressistes ne veulent pas croire que la France soit aussi redoutable que M. de Moltke l’a dépeinte; ils ne concèdent point le chiffre élevé du contingent qui leur est demandé; surtout ils n’acceptent pas les derniers mots de l’article, qui contiennent une menace contre le droit essentiel qui appartient à l’assemblée de voter annuellement le contingent. Il faut donc détacher 47 voix de la majorité sur cette question; un déplacement de 15 autres voix suffirait à faire repousser l’article. Or M. Lasker, chef de la gauche des nationaux-libéraux, non-seulement en son propre nom, mais au nom de plusieurs de ses amis politiques, a fait, après le discours de M. de Moltke, des réserves sur l’article premier; il est donc possible qu’on trouve autour de lui le nombre de voix nécessaire pour faire échec au gouvernement sur ce point capital de la loi nouvelle. — Quant au projet de loi sur la presse, il a été mal accueilli par les progressistes à la première lecture, et le parti national-libéral est si bien engagé par son passé sur cette question que, malgré son désir de ne point créer d’embarras au chancelier, il faudra bien qu’il ait quelques exigences, si petites qu’elles soient. Si M. de Bismarck se montre accommodant, et qu’il veuille bien faire des sacrifices à la nécessité de maintenir l’accord entre lui et la majorité, l’entente ne sera pas troublée; mais on sait que cet homme d’état n’est point un maître en fait de tactique parlementaire, et qu’il s’en vante. Ce n’est pas impunément qu’il a eu si longtemps raison contre tout le monde en Allemagne, et qu’il a vu d’éclatantes expériences justifier son mépris pour ses adversaires. Plus que jamais il a confiance en lui et en sa fortune. « Je suis l’homme le plus fortuné du monde, » disait-il naguère, et il ajoutait : « Je me fais gloire d’être haï ! » Dédaignant les formules hypocrites du courtisan, il parle, comme parlera l’histoire, en s’attribuant le mérite des grands événemens qui ont changé la face de l’Europe; il dit je ou moi, comme s’il était le vingtième souverain d’une dynastie. Tous les jours croît son aversion pour le parlementarisme, où il n’a trouvé que des obstacles alors qu’il nourrissait ses grands projets : on sait comment il traite ses ennemis, mais il n’est pas homme à ménager ses auxiliaires mêmes, pour peu qu’ils s’écartent de l’étroit sentier de l’obéissance absolue. Il n’a point oublié que les alliés ne lui sont venus qu’au lendemain de sa victoire en 1866 : ils ne lui ont imposé aucune condition; il n’en aurait d’ailleurs accepté aucune. Peu lui importe l’embarras des nationaux-libéraux, obligés de concilier leur passé avec le présent et de sauver au moins les apparences. De la hauteur où il est placé, M. de Bismarck n’aperçoit pas