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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/154

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l’inconvénient de provoquer des procès scandaleux sur des matières délicates où nos lois répugnent à entrer. Dans l’application, elle a même, dit-on, prêté parfois à de frauduleux compromis, à de honteux marchés. On a vu des maris se reconnaître coupables du crime commis par leur femme et l’aider à épouser son complice. On cite un homme qui, pris du désir de se remarier alors que, grâce à sa complaisance, sa femme l’était déjà, intenta une action nouvelle et demanda la révision d’une sentence fondée sur des faits supposés. Quand il se serait produit de tels scandales, la faute en serait plus aux mœurs ou à la procédure qu’au droit canon orthodoxe. L’avantage de ces règlemens ecclésiastiques est moins d’offrir plus de garantie à la moralité, plus de recours à la vertu trompée que d’élargir la sphère où la législation civile n’a point à craindre d’entrer en opposition avec l’église et la loi avec la religion.

Dans une étude politique des sacremens, il est impossible de laisser de côté celui qui fait l’originalité morale du catholicisme, la pénitence, la confession. L’église grecque est d’accord avec l’église romaine pour exiger la confession auriculaire. La théorie du sacrement est à peu près semblable chez les grecs et chez les latins; en est-il de même de la pratique, de l’application, qui seule décide de la valeur d’une telle institution ? Pour un étranger appartenant à une autre église, il ne saurait en pareille matière être question d’expérience personnelle, ni de comparaison directe. Il faut se contenter de réponses plus ou moins nettes, plus ou moins sûres, arrachées à des gens qui sont eux-mêmes hors d’état de rapprocher des leurs les usages catholiques. Entre la confession orientale et la confession latine, il semble s’être établi dans la pratique un intervalle que les années pourront élargir ou combler. La première paraît plus brève et plus sommaire, moins explicite et moins exigeante; elle est moins fréquente et elle est moins longue, ce qui diminue doublement l’influence qu’elle a sur le fidèle et l’autorité qu’elle donne au clergé. Elle semble se restreindre davantage aux fautes graves, parfois même se contenter de déclarations générales sans désignation de péchés particuliers. Elle n’aime pas autant à spécifier, à préciser; elle pénètre moins dans les détails intimes de la vie, de la conscience ou de la famille. Les Russes ne mettent point entre les mains des fidèles de ces examens minutieux qui, jadis surtout, se rencontraient dans tous les pays catholiques; ils ne mettent pas non plus, croyons-nous, aux mains des prêtres de ces théologies morales où l’anatomie du vice est poussée jusqu’à la plus répugnante dissection. Par tous ces côtés, la confession orthodoxe paraît plus simple et plus discrète, à la fois plus formaliste et plus symbolique que la confession romaine; elle semble garder quelque chose de primitif et comme d’embryonnaire. Ici encore, l’église d’Orient se