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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/106

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cer les chemises? — Pourquoi les femmes sont plus blanches que les hommes? — Qui doit visiter le malade, du médecin ou de sa mule? » — Mondor, qui était chargé « de verser le suc emmiellé du langage éloquent et scientifique, » donnait toujours la raison des choses par la philosophie et le pédantisme, comme Macroton, Desfonandrès ou Vadius ; Tabarin au contraire la donnait par le simple bon sens, comme Toinette ou Martine, plus souvent encore par des facéties rabelaisiennes, et c’est dans ce contraste qu’est la force comique des Tabarinades. Si loin qu’elles soient de Sganarelle, de Pourceaugnac ou du Malade imaginaire, il est impossible cependant de ne point reconnaître dans Mondor et son compagnon les précurseurs enfarinés du Contemplateur'', et c’est un fait digne de remarque que le signal de la réaction contre les vaines subtilités de la scolastique et l’empirisme de la science ait été donné chez nous par les contes, les farces populaires et les comédies. Rabelais avait le premier ouvert la voie; Béroalde de Verville, Guillaume Bouchet, Henri Etienne, y étaient entrés après lui, et Molière, les résumant tous, vint à son tour combattre, à côté de Descartes, le vain savoir qui se payait de mots.

Les Caquets de l’accouchée sont du même temps que les Tabarinades, mais la donnée est différente. Ce ne sont plus des triacleurs qui amusent la foule du haut d’un théâtre en plein vent, ce sont des commères en visites de politesse qui échangent des médisances et de joyeux propos. Une riche bourgeoise vient de donner le jour à un fils, et, suivant un usage qui remontait fort loin dans le passé, elle reçoit dans sa chambre ses parentes, ses amies et ses voisines. Les visiteuses font cercle autour de son lit et du berceau du nouveau-né sur de petits fauteuils fort à la mode sous Louis XIII, et qu’on appelait des caquetoires, parce que les femmes qui venaient y prendre place tenaient à honneur de montrer a qu’elles n’avaient point le bec gelé. » Pendant huit jours, les après-midi se passent à raconter les aventures et les scandales de la ville. C’est une véritable revue parisienne où la fiction tient plus de place que la vérité, ce qui n’empêche pas, comme le dit la préface, d’y voir les actions et les façons de faire du monde. Depuis le grand seigneur jusqu’au plus petit bourgeois, personne n’est épargné, et, comme toujours dans les joyeux devis, les infortunes conjugales y tiennent la première place. Mme " La Bruyne, « nouvellement érigée de tavernière en grosse marchande, » excelle surtout dans ce genre de récit. Le Pèlerinage de trois bourgeoises de Paris à Notice-Dame des Vertus est un modèle de raillerie, et l’on ne peut s’empêcher de plaindre en riant les trois époux qui s’étaient déguisés en religieux pour surveiller les dévotions de leurs femmes et qui rentrent chez eux « actéonisés, »