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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/958

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Pour le moment, l’assemblée en est à discuter les nouveaux impôts, chose grave assurément et indispensable pour l’équilibre du budget. Le ministre des finances, M. Magne, a fort à faire pour défendre ses combinaisons contre M. Léon Say, qui dans un spirituel discours proposait de prendre le temps d’examiner la question et de suppléer momentanément aux impôts par une émission de bons du trésor, — contre M. Germain, qui a vivement attaqué quelques-unes des contributions nouvelles, — contre M. Feray, qui a mis en avant un système destiné sans doute a être adopté un jour ou l’autre, une nouvelle évaluation cadastrale des terres taxées jusqu’ici comme terres en friche. Impôts sur le sel, sur l’alcool, sur les transports par petite vitesse, sur les chèques, tout est débattu sérieusement, utilement depuis quelques jours. Un des inconvéniens de ces discussions, d’ailleurs très substantielles et si instructives, c’est de mettre inévitablement aux prises des intérêts divers. La propriété se plaint de porter tout le fardeau et se défend contre des charges nouvelles qu’elle rejette sur l’industrie et le commerce ; l’industrie se plaint à son tour d’être surchargée. Le fait est que personne ne peut songer à établir une distinction entre des intérêts qui sont solidaires, et que le fardeau pèse sur tout le monde. Il est bien certain que la critique peut s’exercer aisément, que parmi ces nouveaux impôts la plupart sont défectueux, même comme impôts ; la surtaxe sur le sel arrivera difficilement au terme et risque fort d’être repoussée. L’impôt sur les transports à petite vitesse peut nuire singulièrement au transit commercial, et c’est là un des côtés les plus graves. M. le ministre des finances n’arrive pas moins peu à peu à gagner sa bataille, en d’autres termes il obtient ses impôts, parce qu’ils sont nécessaires. C’est la rançon d’une crise qui ne nous est pas rappelée seulement par des nécessités financières, qui est tristement remise dans notre mémoire aujourd’hui par les élections qui viennent d’avoir lieu en Alsace et en Lorraine. Les deux provinces ont été appelées à nommer pour la première fois leurs députés au parlement allemand. Elles ont choisi, on devait s’y attendre, des hommes qui répondaient à leurs sentimens, qui vont représenter à Berlin le parti de la protestation contre l’annexion de la Lorraine et de l’Alsace à l’Allemagne. Elles ont montré une fois de plus qu’elles se souvenaient de la France, et ce n’est point certes la France qui les oublie !

Les nations aux mœurs fortes ont une manière à elles de traverser les crises publiques. Il y a trois semaines, la dissolution du parlement venait surprendre l’Angleterre ; aujourd’hui tout est fini, les élections sont faites, un nouveau parlement est sorti du scrutin. La bataille hardiment engagée, résolument acceptée, a été courte et décisive ; elle a un dénoûment auquel on ne s’attendait peut-être pas, elle se termine par la défaite du ministère Gladstone et du parti libéral, par la victoire