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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/929

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les états du nord-est que dans les autres, elle décline partout sous des influences prétendues climatériques, sous lesquelles se cache probablement le phylloxéra. C’est en effet une des variétés que cet insecte a tuées en France, dans le clos de M. Laliman, à côté des variétés résistantes qu’il a envahies sans les détruire. L’isabelle n’a du reste jamais occupé dans les cultures autant de place que le catawba, car elle sert essentiellement à fournir des raisins de table, surtout au marché de New-York.

Dans ce même groupe des labrusca, la variété robuste par excellence est le concord, ainsi nommé de la localité de Concord, dans le Massachusetts, où M. E. Bull l’a fait connaître il y a peu d’années. Les larges feuilles du concord, sa végétation luxuriante, sa fertilité soutenue, sa résistance aux maladies, compensent ce qui manque aux raisins comme finesse de goût. Les grappes, superbes d’apparence, mais à pulpe tenace et à saveur trop framboisée, se vendent partout aux États-Unis : c’est le raisin populaire, a grape for the million, comme on dit en Amérique, ce qui n’empêche pas qu’un raisin de grosseur moyenne ne se vende vingt centimes aux étalages des coins de rue où des marchands, Italiens pour la plupart, exposent les fruits variés du pays. Très inférieur au catawba, le concord donne pourtant un vin blanc ou rouge dont les Américains ne craignent pas le bouquet et dont le mode de cuvaison fait varier la saveur et le coloris. L’ives seedling, le hartford prolific, sont des raisins du même groupe, d’acquisition relativement récente, et qui, par leur rusticité, leur vigueur, leur fécondité, supplantent peu à peu dans la faveur des vignerons les variétés plus anciennes et plus délicates. Parmi ces dernières se trouve le meilleur raisin de bouche de l’Amérique, le seul même qui plaise franchement au palais des Européens, je veux dire le delaware. L’origine de ce joli cépage reste enveloppée d’obscurité. Il n’est pas facile de le rattacher avec certitude à quelqu’une des espèces sauvages, l’absence du goût de cassis l’éloignant des labrusca, dont ses feuilles tendraient à le rapprocher. Quelques-uns même ont cru voir en lui une variété européenne, hypothèse qui est contredite par l’ensemble de ses traits. La couleur originale des fruits d’un blond foncé rappelant le terret bourret du sud de la France, une peau relativement fine, une chair fondante et douce à saveur peu prononcée, lui font une place à part entre tous les raisins des États-Unis ; le vin qu’on en retire est blanc plus ou moins rosé et d’un bouquet très-délicat. Malheureusement ce cépage dépérit en cent endroits par des causes en général mal comprises, où l’on retrouve encore l’influence occulte du phylloxéra.

Jusqu’ici, en dehors du delaware, dont la filiation est douteuse, nous avons vu les deux premières périodes de la culture de la vigne