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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/918

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Nous avons rappelé sommairement, — elles ne méritaient pas davantage, — les idées de la commune interprétées par la masse, commentées par des documens sans caractère purement officiel. Il y aurait lieu de se demander encore en quoi ces idées peuvent refléter certaines tendances de l’esprit du temps et de la société actuelle. À Dieu ne plaise que nous lui fassions l’injure de lui imputer les perversités de pareils systèmes ! La commune en a tout l’odieux, qu’elle le garde ! Je dois même dire qu’on adresse à la société et à tous ceux qui ont à cœur l’avancement du peuple des accusations souvent injustes lorsqu’on leur reproche d’avoir contribué au mal en donnant de l’importance et en intéressant aux idées d’association, de coopération, de crédit populaire, d’instruction universelle, en un mot à tout ce qui se propose de relever la condition de la population ouvrière. Il faut mettre assurément dans ces idées beaucoup de mesure, et surtout se garder d’y chercher une popularité malsaine ; quant à ce qu’elles ont de légitime et aux encouragemens à leur donner, il n’y a pas, selon nous, à en faire amende honorable. Ce qu’il faut répudier, c’est la confiance trop naïve qui a fait croire tous les progrès réalisables sans limite, et qui nous a causé de si incroyables illusions sur l’avancement réel des masses, auxquelles on a généreusement attribué des capacités et des vertus dont malheureusement elles sont loin. C’est cette confiance excessive dans le progrès, la même qui nous faisait admettre un perfectionnement du droit international tel qu’il devait rendre impossible le retour de la conquête, c’est cette même confiance qui, invoquant le sophisme des « baïonnettes intelligentes, » a fait armer si imprudemment toute la population. Si cette prétention « qu’il n’y a plus de populace, » de classe intéressée ou du moins accessible au désordre, n’avait eu pour base qu’une erreur de fait momentanée, nous pourrions nous en guérir aisément après de si terribles leçons, et nous consoler des sarcasmes qu’elle a pu nous attirer de M. de Bismarck ; mais il y a là une double erreur philosophique, à laquelle notre temps n’est pas étranger, et qui sert de fondement au socialisme : c’est d’une part l’idée de la bonté presque absolue de l’homme, accidentellement corrompu par des circonstances qu’on peut supprimer ; c’est de l’autre la promesse de la félicité de l’âge d’or ou du paradis sur la terre, objet et récompense des progrès de la science, de l’industrie et d’une politique reposant tout entière sur l’idée de l’humanité. Nous avons de beaucoup exagéré la part de vérité contenue dans ces théories, qui ne peuvent être prises comme un programme d’améliorations qu’à la condition de savoir d’avance que le bien même gardera toujours un caractère relatif et un mélange de mal. La commune a été un défi brutal, un démenti sanglant infligé à ces utopies qu’elle invoquait : avertissement aussi humiliant que terrible, que l’homme