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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/915

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que le souffle du matérialisme régnera dans les régions d’en haut, ne pensez pas qu’il en soit différemment dans les régions inférieures. — « Vous m’avez prouvé, fait dire le philosophe socialiste Pierre Leroux à un homme du peuple dans un morceau que cite le rapport général sur l’enquête, vous m’avez prouvé qu’il n’y a rien au delà, rien que j’aie à espérer ou à craindre ; eh bien ! je veux ma part d’or et de fumier, je l’exige, on ne me la refusera pas ! »

Même affirmation, dépouillée de périphrases solennelles, des idées sociales de la commune. De la décentralisation, des libertés municipales, pas un mot. Il n’y eut pas un seul instant où cette question fût sur le premier plan ; elle était déjà d’ailleurs résolue par les votes, et on peut le dire aussi par les intentions connues d’une assemblée imbue d’idées décentralisatrices. On pouvait croire qu’elle irait jusqu’au point au-delà duquel il y a péril à la fois pour les droits de l’état, qui importent à tous, et menace pour l’intégrité nationale. Ces libertés municipales dont l’opposition dans toutes ses nuances avait fait son programme ne pouvaient être qu’un prétexte pour la majorité du parti révolutionnaire. Son tempérament l’y porte peu ; l’on se dit qu’il a fallu des circonstances bien étranges et bien compliquées pour que les montagnards pussent se parer des couleurs d’emprunt du fédéralisme, girondin, et dans quel moment ! quand la France avait à songer avant tout à cette unité indispensable à son existence. Il est permis, en pareille matière, d’attacher plus d’importance encore au commentaire qu’au texte, qui pourtant ne manque pas de clarté. Aux yeux de la masse, qui donne aux termes leur sens véritable, l’idée de commune se confondait avec celle de communisme. Pour la foule comme pour les meneurs, la commune de Paris, c’était l’organisation de la force socialiste, la république modèle. L’idée d’une fédération, surtout à la nouvelle du soulèvement d’autres grandes villes fort exploitée par les chefs du mouvement, put venir et vint en effet, mais de laquelle ? D’une fédération de communes révolutionnaires et socialistes réunies contre l’élément propriétaire, bourgeois et clérical. C’était une sorte d’assurance mutuelle et de solidarité dans la tyrannie. En somme, Paris ne renonçait pas à sa dictature. En fait de libertés municipales, on put comprendre ce qu’il y avait à espérer de ce pouvoir anarchique. Les élections municipales de mars furent un indigne escamotage ; jamais les électeurs n’avaient été moins consultés, la population moins libre et moins écoutée dans ses vœux. Quant à la masse des communeux, entendez-la parler, elle n’a qu’une idée, la guerre au capital à coups de mesures dictatoriales. Elle applaudit aux décrets qui font remise de trois termes, à ceux qui font passer les usines aux mains des ouvriers moyennant une promesse dérisoire d’indemnité. Constituer une société à l’image de tout ce qui avait été dit dans les