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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/913

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II.

On pourrait, à l’aide des mêmes documens, faire pour les idées de la commune le même travail que nous avons tenté pour ses passions, pour ceux de ses vices qui sont imputables à notre société et aussi à la démocratie de tous les temps. C’est bien de la commune qu’on peut dire que ses idées ne sont guère que des sensations transformées, des appétits à l’état de systèmes. Ces systèmes ont été appréciés dans leurs formules en quelque sorte théoriques ; j’en cherche le contre-coup dans cette masse obscure, dans ces personnages secondaires qui, mieux que les philosophes, savent en dire le dernier mot.

Il serait par trop étrange de parler de la métaphysique de la commune, et pourtant ces hommes avaient un certain ensemble, confus quant aux preuves, très net quant aux conclusions, d’idées sur Dieu, sur le monde et sur l’homme. Non-seulement pour eux Dieu n’existait pas, mais il ne devait pas exister. « Si vous voulez faire de la révolution sociale, s’écrie en plein congrès ouvrier Jaclard, ami intime de ce Tridon qui mit au service du journal de Blanqui ses invectives impies et même sa fortune, il vous faut être athée. Lorsque Robespierre et les autres chefs de la révolution ont dit qu’une religion était nécessaire au peuple, ce n’était qu’une transaction, et 1848, étant religieux, était ridicule. Si vous n’êtes pas athée, vous devez logiquement être despote. » Conclusion, pour le dire en passant, assez peu conforme à la réalité. Robespierre avait établi la synonymie du despotisme et de l’athéisme ; la commune fut athée et despote. À ces paroles tirées de l’enquête ajoutez maintenant les papiers publiés par M. Dauban. Vous y rencontrez une profession de foi auprès de laquelle l’affirmation de Jaclard paraîtra froide et circonspecte. Elle est contenue dans une lettre écrite au comité central par un citoyen qui ne se contente plus de signifier à l’idée divine de disparaître comme contradictoire avec la vérité socialiste et gênante pour ses organes accrédités : celui-là va plus loin ; il tire toutes les conséquences pratiques de cette négation. Ces conséquences paraîtront difficiles à mettre d’accord avec les idées de morale épurée et sublime que prêtent à la commune ceux qui la justifient au nom des principes de fraternité et de dévoûment. C’est la plus brutale affirmation de l’égoïsme sans frein et sans pudeur. Ce correspondant, qui n’a pas signé, on le regrette, trouve la commune timide. Elle parle de probité, de décence ; allons donc ! quels mots surannés ! Il n’y a qu’un droit, « celui du pauvre contre le riche et le bourgeois, celui du déshérité depuis des siècles contre l’aisé et le jouissant… Tout est à nous, tout nous revient à nous, prolétaires,