Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/912

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


une forme moins ignoble. Soldats ou cantinières, elles prennent place sous le feu avec les gardes nationaux ou forment elles-mêmes des compagnies. Cette intervention, par ce qu’elle eut de constant et de violent, atteste encore le caractère instinctif de cette insurrection, née en grande partie de l’état nerveux de la population, ce qui n’en diminue pas la signification morale. Les crises de ce genre ont, comme l’ivresse du vin, pour conséquence de faire éclater en dehors ce que les cœurs renferment. Pourtant les plus abominables excès ne supposent pas toujours les haines profondes ; ils s’expliquent le plus souvent par la contagieuse fureur des temps révolutionnaires : la bête humaine a vu le sang, il suffit. Le rôle des femmes semble en proportion avec cet instinct d’aventure qui n’appartient pas moins aux sociétés blasées qu’aux sociétés naissantes, composées de nomades. Plus grand sera le rôle de cette imagination qu’on voit toujours prête à regimber contre l’ennui des devoirs et le train uniforme de la vie, plus aussi la femme apparaîtra sur le devant de la scène, où semblent l’appeler ces crises qui ébranlent les organisations autant que les âmes. La passion la domine, l’emportant plus haut que nous, la rendant capable des plus purs dévoûmens ou l’entraînant aux derniers égaremens. La commune ressemble en politique à un très mauvais roman ; les femmes durent s’y mêler comme héroïnes. Ces mêmes femmes de la classe ouvrière ou de demi-bourgeoisie, nous les avons vues participant à un autre genre de désordres. N’oublions pas à quel point, bien avant la commune, le vice, qui trouvait alors ses tentations moins dans la misère que dans les appâts du plaisir et du luxe, avait dans cette partie de la population augmenté ses recrues. Ces élémens impurs montèrent tout de suite à la surface. Faudra-t-il s’écrier pourtant ; « Voilà le peuple ! voilà la femme dans les classes populaires ! » Ce serait une injustice, et, qui pis est, elle retomberait sur notre société tout entière. L’honnêteté, les habitudes de prévoyance, d’économie, de dévoûment modeste, sont là aussi en majorité, et il n’est que vrai que les femmes dans les classes laborieuses se montrent souvent sous plus d’un rapport supérieures à l’homme. Ce fut le crime de la commune de transformer nombre de ces femmes d’une vie irréprochable en révolutionnaires furieuses. Elles s’exaltèrent de toutes les haines réelles ou factices qu’elles respiraient. Elles se crurent des citoyennes ; elles se laissèrent prendre à toutes les grandes phrases. Expiation et châtiment pour celles qui déshonorèrent leur sexe et l’humanité, un peu de pitié pour celles que les souffrances du siége, qui pesèrent sur elles si cruellement, avaient trouvées courageuses, résignées, pleines du désir aveugle et généreux que Paris ne se rendît pas !