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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/905

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ment « qu’un enfant de dix ans peut agir tout seul, » d’un engin qui se prête à tous les besoins, qui peut être lancé à 1 mètre ou à 1 000, par la croisée ou à distance, de façon à faire des blessures guérissables en huit jours, en un mois, ou incurables, à la volonté du gouvernement. Mais pourquoi passer en revue ces infernales rêveries ? Ce que l’on doit se demander, c’est s’il ne faut voir là que des fous isolés, si même ce sont uniquement des fous. Eh bien ! on doit le reconnaître, même dans cette perversité savante, qui a pris la place de la chimère inoffensive des infatigables chercheurs de mouvement perpétuel et de pierre philosophale, il y a encore quelque chose qui vient du milieu social ; oui, cette abominable épidémie des idées de destruction, elle est dans l’air ! Dans les clubs pendant le siége, et même avant, vous la voyez apparaître, comme les premières annonces de l’éruption auxquelles on fait attention à peine. Combien de fois l’incendie de Paris ne s’est-il pas dessiné à l’horizon dans plus d’une de ces harangues qu’on méprisait ! N’est-ce pas à propos des ravages que pouvaient causer les obus prussiens qu’un membre du club Favié s’écriait en décembre 1870 qu’il ne regretterait rien, si ces bienfaisans obus détruisaient le Louvre avec les arts, à cause de la corruption des artistes dépravés par le despotisme, et renversaient les tours de Notre-Dame, ainsi que les autres édifices élevés à la superstition ? On faisait bon visage dans une de ces réunions populaires au citoyen qui se prétendait armé de la fusée-satan. Il est vrai que cette machine devait être tournée contre les Prussiens, en détruire 60 000 à l’heure. L’accueil s’était un peu refroidi seulement pour le terrible démonstrateur de la bombe à la main, qui, tenant son redoutable engin, affirmait qu’il n’avait qu’à le laisser tomber pour faire sauter toute la salle.

À en croire les pièces justificatives de l’enquête, quelques-uns de ces moyens auraient eu réellement une efficacité destructive. On voit aussi que plusieurs membres du comité central et d’autres fractions de la même horde qui s’intitulait gouvernement accueillirent ces effrayans inventeurs. Il en est un qui fut sollicité de mettre ses moyens au service de la commune ; il fut arrêté comme traître, parce que, en ayant l’air de s’y prêter, il s’y refusait par des délais calculés et des expériences trompeuses. On voit Raoul Rigault tenir particulièrement à un mélange de plomb et d’arsenic qui devait faire à nos soldats des plaies affreuses. Imaginations atroces, délires de cruauté que nous ne devons pas laisser mettre sur le compte de l’entraînement d’un jour ! Une frappante révélation qui ressort des documens de l’enquête, c’est que l’idée de brûler Paris, fut antérieure non-seulement à la commune, mais, qu’on le sache, à la chute de l’empire. Une lettre de Cluseret à Varlin lors du troisième procès de l’Internationale annonce, appelle