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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/902

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où Delescluze est traité tout au long de son excellence. Plus d’une de ces demandes cache une terrible envie de ne pas se battre. On y débute en brandissant un sabre inoffensif, on jure qu’on est prêt à mourir pour la commune, et l’on finit par déclarer que, tout compte fait, on aimerait mieux servir la cause avec une plume, de l’encre et du papier. « Je suis républicain de cœur et de conviction, écrit un de ces braves ; je défendrai, les armes à la main, dans le 84e bataillon, les principes de 1793, que le triomphe prochain de la commune va nous assurer… Faible de santé, je préférerais prêter mon concours à cette œuvre dans un bureau. » Que dire aussi de ce père d’un des chefs militaires les plus connus de la commune, qui fait valoir la situation de son fils pour obtenir des billets de spectacle ? Nous touchons à la crise finale. Le jeune colonel, comme il s’intitule, court des dangers quotidiens. N’importe, cet excellent père veut avoir sa part d’émotion, qu’il va demander au théâtre ; il lui faut la satisfaction des plaisirs gratuits, la petite gloriole des jouissances privilégiées. Il ne devait pas profiter, le malheureux ! de cette place de faveur qui lui fut envoyée. Celui qu’on appelait le colonel Henry était tué, dit-on, sur une barricade. Le père, tombé malade, entrait à l’hôpital.

On ne s’étonnera pas que les gens de lettres occupent une place importante dans cette révolution de déclassés. En s’attachant à d’ambitieuses visées, ils n’ont pas renoncé pour cela à la prétention littéraire. Ce mélange de tous les orgueils dans le lettré qui garde rancune à la société tout entière, et qui envie toutes les jouissances du pouvoir et de la richesse, offre alors plus d’un type. Sans doute nous pourrions puiser comme à une source abondante dans des mémoires personnels, dans des confessions biographiques qui sont tombées dans le domaine de la publicité. Toutes ces sortes d’aspirations inquiètes et ardentes, éclatant en cris de rage, débordant en flots de fiel, se retrouvent dans quelques-uns de ces livres empreints d’une personnalité maladive. Un seul suffit à les résumer avec une conscience que tous n’ont pas de sa propre perversité, les Réfractaires de Jules Vallès, où le mal est à la fois peint et analysé par un de ceux qui étaient le mieux en situation de l’étudier sur lui-même et sur les autres, de manière à donner une idée du goût étrange qu’éprouvent ces malades à regarder saigner leurs blessures et à initier le public à leurs plaies les plus honteuses. La commune, qui compta, comme on l’a dit, tant de fruits secs de la littérature ainsi que de la science et des autres carrières libérales, devait offrir, sous d’autres aspects moins tourmentés et d’un art moins raffiné, plus d’une de ces exhibitions d’une vanité tout en dehors, éprise des phrases à effet, des paroles sonores, sous le nom de politique. C’est encore la littérature qui occupe le premier plan jusque dans des ma-