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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/899

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circonstance atténuante l’insuffisance de l’alimentation. Combien fut générale cette habitude dégradante, on ne le sait que trop par ces papiers. Écoutez les apologistes plus ou moins récens de la commune : les soldats de l’insurrection sont presque toujours les « héros de l’idée. » Les rapports secrets parlent d’un tout autre ton de ces représentans et champions de la perfectibilité humaine. Notons qu’il s’agit de compagnies, de bataillons entiers, dans ces dépositions émanées de témoins peu suspects, ou qui ne pourraient l’être que d’une partialité trop favorable. Les mœurs de la commune ont été plus d’une fois accusées aussi ; y a-t-il eu exagération de l’esprit de parti ? Laissons parler les mêmes témoins indiscrets et véridiques. Ils nous disent et répètent que des femmes de mauvaise vie pénétraient dans les postes et jusque dans les forts. Peu importe qu’il se soit trouvé d’honnêtes pères de famille dans cette armée étrange qui comptait des niais égarés et quantité de gens ne marchant que par force, sans parler de ceux pour qui les 30 sous par jour n’étaient qu’un moyen d’échapper à la misère ; la débauche n’en restera pas moins un des caractères de la commune qu’enregistrera l’histoire. On vit ces citoyens, puritains de parole, promener dans des voitures les courtisanes de plus ou moins haut étage qui partageaient avec eux une vie de désordres. Ces faits et d’autres sont signalés. « Sauf de très rares exceptions, lisons-nous, les états-majors aux retroussis rouges, aux bottes brillantes, aux larges ceintures, traînant avec fracas des sabres vierges, ne font bonne mine que dans les cafés. Le comité de salut public en a fait opérer un soir une razzia dans les restaurans de filles. » Le 22 mai, ils disparaissaient, eux et leurs uniformes. On en vit peu derrière les barricades. Nous lisons encore dans un rapport autographe du juge d’instruction de la commune Goulle, en date du 1er prairial 79 : « Le commandant d’artillerie R… et le capitaine C…, de la même arme, me semblent des hommes dont les mœurs sont loin d’être la garantie de leur patriotisme. J’ai réclamé aujourd’hui le capitaine C…, dont l’arrestation aurait été faite sur l’ordre du colonel B… pour des motifs de vengeance personnelle où les femmes jouent un rôle plus grand qu’il ne conviendrait chez des défenseurs de la commune. » Ainsi les chefs entrevoyaient eux-mêmes les dangers d’une corruption qui compromettait la défense militaire. Ils essayèrent plus d’une fois de sévir. Était-il possible, quand bien même ils l’eussent voulu sérieusement, d’empêcher de souffler ce vent d’impureté ? La commune eut ses libertins et ses roués. « Courte et bonne » fut la devise de plus d’un de ces héros d’aventure qui se sentaient pressés par une fatalité vertigineuse. Ils trouvèrent moyen de faire tenir en soixante-douze jours tout ce qu’ils avaient pu rêver de domination, de vengeance et de plaisirs sensuels. La mort elle-