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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/898

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ces fameux trente sous par jour, dont il est si souvent question dans ces lettres et ces rapports, où nous voyons cette paie attribuée par les chefs, qui en comprenaient la puissance, même aux femmes, même aux concubines ? Comme on sent partout l’effet des énervantes excitations d’un long siége dans cette répugnance à reprendre la monotonie des tâches quotidiennes et dans le retour aussi du vieil instinct primitif, le goût de la chasse à l’homme ! L’ennemi est tout trouvé, l’ennemi intérieur, le gouvernement de Versailles. Oui, voilà un des principaux mobiles de cette guerre impie, où se jette cette foule éperdue sous les regards d’un vainqueur qui assiste à ce spectacle avec une satisfaction ironiquement triomphante. Cette foule endiablée, qu’on nous permette le mot, obéit à cette impulsion tout autant qu’à des haines sociales ; elle trouve à s’y livrer je ne sais quel plaisir sauvage d’indépendance et de mouvement, d’activité guerroyante. À travers bien des défaillances, et quoi qu’on en ait dit, la race n’a pas perdu ses qualités de bravoure dans la grande majorité. À Paris, la population hostile à la commune le reconnaissait ; elle allait même jusqu’à croire qu’une telle force confuse aurait pu, étant mieux dirigée, avoir raison des Allemands. « On dit à la Bourse, écrit un des reporters, que, si le gouvernement de la défense nationale avait employé cette force contre les Prussiens, nous n’aurions pas été vaincus. Les généraux n’avaient pas confiance en la garde nationale, alléguant que les hommes ne marcheraient pas ; nous avons aujourd’hui la preuve du contraire. » La foule, celle qui offre à la commune plus de sympathie que d’aide efficace, se familiarise aussi avec la lutte, à mesure qu’elle se prolonge. On se dit que c’est une partie entamée ; il faut tâcher de la gagner ! Elle aussi, cette masse affolée, semble trouver plaisir à braver le danger à certains momens. Dans une relation détaillée, on la voit qui remplit les Champs-Elysées aux premiers jours d’un brillant et tiède printemps ; les obus viennent à tomber, on se couche à plat ventre, on se relève moitié furieux, moitié riant. Femmes, enfans, roulent avec le reste du flot populaire vers les fortifications, comme si on allait à une partie de plaisir ; on s’exalte au récit de quelques prétendus succès. Amusement irritant, où la colère finit par monter au visage, même quand on a commencé sans beaucoup de passion, mais amusement qui montre combien il y a de cet instinct qui fait le joueur et l’aventurier, de ce goût de l’aléatoire, de ce besoin de se sentir remué, dans toutes ces frondes populaires !

Une autre ivresse vient en aide à cette exaltation souvent factice dans le gros de l’armée communeuse. Nous l’avons connue pendant le siége, cette plaie de l’ivrognerie, non pas même seulement celle du vin, mais la plus hideuse de toutes, l’ivresse alcoolique, plus développée encore pendant la commune, où elle n’eut plus pour