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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/882

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nous a envoyés ici, écrivait le général Maison, on voulait sans doute éviter que la Russie s’emparât de la question grecque ; voudrait-on par hasard le contraire aujourd’hui ? Cela coïnciderait parfaitement avec le droit de belligérant qui vient d’être reconnu à cette puissance. Ainsi l’embryon que nous avons créé va grandir dans les mains des Russes. Tel sera le grand œuvre que nous serons venus accomplir en Grèce ! Voilà qui nous fera vraiment honneur à nous et à l’Angleterre ! »

La conférence de Londres, après de longues discussions, venait enfin de se décider à reculer les limites de la Grèce, d’un côté jusqu’au golfe de Volo, de l’autre jusqu’au golfe d’Arta ; elle demandait en revanche le rappel de l’expédition française. À la sollicitation de Capo d’Istria, lord Wellington parut abjurer d’injustes méfiances ; il consentit à ce que la France laissât au moins deux ou trois mille hommes en Morée. Il ne mit à son consentement qu’une condition : l’occupation française ne dépasserait, sous aucun prétexte, l’isthme de Corinthe. L’amiral Heïden était en ce moment à Poros, où se trouvaient également réunis, depuis un mois, les trois ambassadeurs, sir Stratford Canning, le comte Guilleminot et M. de Ribeaupierre. « Ces messieurs, écrivait l’amiral russe à son collègue, viennent enfin de partir après avoir noirci une immense quantité de papier. Le comte Guilleminot s’est mis en route le 18 décembre, M. Canning le 19, M. de Ribeaupierre le 20. On me dit que tout est fini, et que les limites de la Grèce ont été déterminées par eux. On assure que Candie et Samos, Athènes et Négrepont en feront partie. Voyons maintenant ce qu’à Londres on va décider. » À Londres, nous l’avons dit, on avait été beaucoup moins généreux. Le protocole du 16 novembre ne parlait ni de l’île de Candie, ni de l’île de Samos ; il défendait seulement à la Porte de toucher à la Morée, sous peine de guerre avec les deux puissances. « Il était inutile de parler de la troisième, écrit le général Maison, car elle n’a plus de menaces à faire. »

Les peuples qu’on secourt se montrent généralement peu reconnaissans d’un demi-bienfait. Les Grecs auraient voulu que partout où l’insurrection avait jeté la moindre étincelle le drapeau ottoman disparût sans retour. Ils pressaient donc Capo d’Istria de répudier avec énergie des concessions incomplètes, et le malheureux président, en butte aux exigences de ces politiques qui n’entendaient tenir aucun compte des intérêts généraux de l’Europe, ne trouvait rien de mieux pour leur donner le change que de se plaindre amèrement à son tour des plénipotentiaires. « Il dit, écrivait le 12 janvier 1829 le général Maison, que Canning ne répondait à rien, que Guilleminot se grattait le front et n’en disait guère plus. Si l’on ne veut pas