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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/857

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Russes, tout de glace pour la France. » Il ne déféra donc qu’à demi au vœu de ses collègues. Il ne se rendit pas en personne à Égine ; il se contenta d’y envoyer un bâtiment. Les trois capitaines qui assistèrent le 7 février 1828 dans l’église cathédrale d’Égine à l’installation du nouveau président furent le capitaine Parker du Warspite. Le Blanc de la Junon, Nicolas Petrowitz de l’Hélène.

Capo d’Istria avait désiré que la cérémonie eût lieu dans les formes les plus simples. « Toute solennité, avait-il dit, qui entraînerait des dépenses serait incompatible avec la situation malheureuse de la Grèce. Si nous pouvons disposer de quelque argent, nous le consacrerons au soulagement d’intéressantes misères. » On voit par ce prélude dans quelles conditions précaires se trouvait l’état qu’il acceptait la mission de constituer. Sept années de guerre et de désordre intérieur avaient laissé la Grèce en proie à 20 000 ou 30 000 soldats débandés, à 15 000 ou 20 000 matelots sans emploi. L’état n’avait pas de finances. La terre ferme et le Péloponèse ne fournissaient aucun revenu. Celui qu’on eût pu tirer de l’Archipel avait été épuisé d’avance pour mettre à exécution des plans peu conformes aux intérêts généraux de la Grèce. « Le peuple, écrivait Capo d’Istria à l’amiral de Rigny, est à toute extrémité ; le soldat, sans combattre, dévore sa subsistance ; le marin l’accable des conséquences de la piraterie. Une grave responsabilité pèse sur moi, et elle est d’autant plus grave que je l’ai contractée volontairement. Quelque illimitée que soit la confiance dont m’honore la nation, l’essai que je vais entreprendre ne peut aboutir, si je ne me trouve promptement en mesure de payer régulièrement l’armée et la marine, de donner quelques avances au peuple qui a déserté ses foyers et de ramener ainsi le cultivateur aux travaux qui seuls peuvent fournir une base à une véritable organisation sociale. »

Le tableau assurément n’était pas chargé, et déjà cependant on commençait à reprocher au nouveau président son apathie. Le colonel Fabvier eût désiré qu’il s’occupât plus sérieusement de l’organisation des troupes régulières ; le commandant Lalande écrivait que le système de Capo d’Istria pouvait se traduire par un mot : « il voulait tout attendre de l’intervention des puissances. » Comment en vérité ce gouverneur exotique, transplanté soudainement dans un pays ruiné où on l’avait déposé sans soldats, sans crédit, sans ressources, eût-il pu songer à placer sa confiance ailleurs que dans quelque providence étrangère ? Tout ce qu’il était permis de lui demander, c’était de ne pas distinguer entre ses protecteurs, de se faire l’instrument dévoué de l’alliance et non le serviteur exclusif de la Russie. Dans l’opinion du nouveau président, il n’était certes pas impossible que la Grèce pourvût elle-même à son salut ; mais il fallait du moins lui venir en aide par des subsides. Pour arriver à faire évacuer les places