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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/842

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négyriste, qui veut flatter, comptant mal exprès, ne lui en donne que cinquante), le vieux capitaine obtint de la régente la main de la duchesse de Valentinois. Oh ! combien il est vrai de dire que les crimes des pères sont toujours de manière ou d’autre punis dans les enfans ! La défaite de Pavie priva bientôt la duchesse de ce mari glorieux, mais sexagénaire, qu’elle avait accepté avec un témoignage de si honorable, mais si froide estime, et après quelques années de veuvage, elle épousa le second des comtes de Bourbon-Busset, dont l’âge, si nos dates sont exactes, devait être, à peu de chose près, le même que le sien.

Entre Vichy, ou, pour parler avec toute la précision d’un indicateur, entre Saint-Germain-des-Fossés et La Palisse, dernière étape de notre voyage en Bourbonnais, la campagne n’est pas aussi belle qu’elle le devient aussitôt après, entre La Palisse et Roanne, et cependant elle me parut charmante. C’est qu’on était alors dans ces mois heureux, jeunesse de l’année, où il n’y a pas de laide campagne, pas plus qu’il n’y a de laids visages dans la jeunesse de la vie humaine. La vraie beauté d’un paysage en est la structure ; cette structure, la nature naturante, pour parler comme les spinozistes, ne peut la changer, mais avec quel art merveilleux elle dissimule son impuissance ! Ne pouvant créer un paysage avec des lignes, elle en fait un avec des couleurs ; deux ou trois nuances heureusement assorties, quelques taches vertes jetées sur un fond nu, une bande de nuage traversée de lumière pour fermer l’horizon, un vernis de fraîcheur sur le tout, et voilà un chef-d’œuvre exquis, et pourtant rien n’appartient essentiellement au paysage dans ces élémens mobiles, fuyans et fondans, faits d’air, de vapeur d’eau et de lumière. On dirait que les génies et les esprits élémentaires, qui travaillent sous la direction de la nature, connaissent aussi la querelle du dessin et de la couleur, les uns estimant que la beauté consiste dans la ligne, les autres qu’elle consiste dans l’éclat de la vie en mouvement. Si cela est, les génies qui avaient peint le vaste et monotone paysage de la plaine entre Saint-Germain et La Palisse, au moment où je la traversais, étaient des coloristes. Rien que trois couleurs, et toutes trois tranchées à outrance ; en haut un ciel d’un bleu profond, en bas une plaine d’un vert intense, et çà et là comme pour rompre la monotonie de cette couleur, des maisonnettes de paysans ou des granges recouvertes de tuiles d’une nuance de rouge d’une vivacité singulière, assez pâle pour ne pas faire un contraste criard avec le vert de la plaine, assez prononcé pour en rehausser la valeur. Bleu profond, vert intense, rouge vif, c’est la gamme violente du grand coloriste Eugène Delacroix.

Au bout d’une demi-heure de ce plaisir de coloriste, une élévation jaillit de la plaine, et sur cette élévation, un vaste château, de très