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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/836

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prince-évêque de Liége, que le Quentin Durward de Walter Scott et le tableau célèbre d’Eugène Delacroix ont rendu familier à leur imagination, Louis de Bourbon, cinquième fils de ce duc Charles dont nous avons passé en revue la glorieuse postérité devant son tombeau à Souvigny. Il eut un caractère dissipé, une existence agitée et une fin tragique. Il faut lire dans Philippe de Comines le récit de cette révolte des Liégeois contre son beau-frère Charles le Téméraire, dans laquelle il se trouva, à son grand dommage, acteur principal, comment, obligé de quitter sa ville épiscopale, il se réfugia à Tongres, comment une seconde révolte de ses sujets vint l’y chercher pour le ramener à Liége, massacrant en route les chanoines de son conseil, et comment Charles le Téméraire, ayant démontré à Louis XI, tombé dans le traquenard de Péronne, qu’il serait honteux à lui de ne pas aider à retirer de cette situation d’otage un prince de leur sang, le roi de France fut contraint d’assister, piteux et déconfit, à l’implacable châtiment de ces rebelles, qu’il avait lui-même excités et soudoyés. Il est permis de croire que Louis XI, qui avait l’habitude de couver longuement ses rancunes, et qui d’ailleurs montra par toute sa vie que parmi ses superstitions il n’avait pas celle de la famille, ne pardonna pas à l’évêque de Liége la participation contrainte qu’il avait eue à son rétablissement. Quatorze ans après, une bonne occasion de revanche se présenta, et Louis XI ne la manqua pas. Le puissant Sanglier des Ardennes, Guillaume de La Marck, ambitionnait pour son frère l’évêché de Liége ; Louis XI lui procura les moyens de l’arracher à son cousin. C’est ce qui ressort très clairement du récit que le chroniqueur Jean de Troyes, qu’on peut, à vrai dire, soupçonner d’aimer médiocrement Louis XI, fait de la mort de l’évêque de Liége. « Et pour faire par iceluy Sanglier exécuter sa dampnée entreprise, le roi lui fît délivrer argent et gens de guerre en grand nombre. » Outre ces secours réguliers, Louis XI permit encore à Guillaume de La Marck d’en lever tant qu’il voudrait d’irréguliers parmi les gredins de sa capitale et des environs ; c’est-à-dire qu’après lui avoir donné les élément d’une armée, il lui fournissait encore les élémens d’une émeute, et à côté de la maîtresse carte de la guerre mettait dans son jeu la carte malicieuse de l’anarchie. Ainsi muni, le Sanglier s’en vint à Liége, souleva une rébellion qui chassa l’évêque, puis soudoya une trahison pour qu’il fût livré seul et à sa merci pendant qu’il s’enfuyait, et alors, « lui baillant d’une taille au travers du visage, il le tua de sa propre main, et après ce fait le fit mener, et getter, et estendre tout nud en la grand’place, devant l’église de Saint-Lambert. »

On peut trouver qu’en cette circonstance le roi ne joua pas précisément le rôle d’un bon parent ; mais, nous l’avons dit, Louis XI n’é-