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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/822

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qui n’ont pas pu relâcher à Port-Vendres, abrité par le Cap-Creux, et qui manquent l’entrée difficile du port de Cette, sont affalés inévitablement sur la côte du Languedoc et forcés de s’échouer volontairement sur le sable du cordon littoral. Tous les hivers, on signale des sinistres de ce genre. Heureusement, grâce à la nature du terrain et à l’empressement des gardes-côtes et des habitans, tout se borne à un échouage suivi quelquefois de la perte du navire, mais dans lequel la vie des marins est rarement compromise. Pendant ces tempêtes, la mer est relativement calme dans le golfe d’Aigues-Mortes, protégé au sud-est par la pointe de l’Espiguette. Le phare du même nom et les deux lanternes qui signalent l’entrée du Grau du Roi éclairent le navigateur. Il suffirait donc que les deux musoirs fussent prolongés par des jetées de 200 mètres de longueur pour que les navires puissent se mettre à couvert et attendre que le vent soit calmé. On a si bien senti la nécessité d’un port de refuge qu’il a été question depuis longtemps d’en établir un à l’abri de l’îlot basaltique qui porte le fort de Brescou, près d’Agde, à l’embouchure de l’Hérault. Le golfe d’Aigues-Mortes rendrait les mêmes services sans nécessiter des dépenses et des travaux d’art aussi considérables. Un avant-port serait suffisant. Si ces projets s’exécutent un jour, la ville de saint Louis, édifiée pour des guerres, expression de la ferveur religieuse du moyen âge, deviendra le centre et l’instrument de ces échanges de produits qui lient les nations les unes aux autres en confondant leurs intérêts. Ces échanges peuvent seuls diminuer les chances de retour de ces luttes armées, résultat fatal des instincts inférieurs de l’humanité, la force brutale mise au service de la ruse et de la convoitise. La guerre nous révèle la nature bestiale de l’homme, la paix éveille et favorise le développement de toutes les nobles qualités acquises grâce à la perfectibilité indéfinie et aux progrès de la civilisation générale des peuples âryens.


Charles Martins.