Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/813

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dre, la fait sauter, pénètre dans la ville, et s’acharne contre les églises et les couvens. Les catholiques, réfugiés dans la tour de la Reine, se rendent deux jours après. Toute la côte depuis l’embouchure du Rhône jusqu’à Agde était au pouvoir des calvinistes, et Aigues-Mortes fut une des places de sûreté abandonnées aux protestans par le traité du 14 mai 1576. Lorsque Henri IV monta sur le trône, il confirma cette clause en y ajoutant la tour Carbonnière et le fort de Peccais, destiné à protéger les salines de même nom. Un gouverneur, M. de Bertichères, étant devenu suspect par ses intelligences avec les Espagnols, le roi lui-même provoqua un soulèvement des habitans, qui le chassèrent après une lutte de trois jours le 13 février 1598, et le 23 mars Henri IV leur écrivait une lettre pour les féliciter de leur courage. En récompense de leur fidélité, il ordonna des réparations au Grau de la Croisette et à un nouveau grau qui s’était ouvert naturellement en 1585, et que l’on appela Grau Henri ou Grau des Consuls, actuellement le Grau du Roi ; mais ses ordres ne furent jamais exécutés. En 1616, Gaspard de Coligny, petit-fils du grand Coligny, était gouverneur d’Aigues-Mortes pour le roi Louis XIII. Suspect à la cour et au duc de Montmorency, il se déclara pour les réformés, réunit un corps de 4 000 hommes et s’empara d’Aymargues. Il fallut bien alors lui laisser le gouvernement d’Aigues-Mortes. Le duc de Rohan, chef des calvinistes, occupa les salines de Peccais, dont le rendement était considérable. Louis XIII était alors en Languedoc avec 14 000 hommes qui firent le siége de Lunel et de Massilargues, y entrèrent et massacrèrent les protestans malgré les ordres de leurs chefs. La prise d’Aigues-Mortes fut plus facile : le petit-fils de Coligny se vendit avec la ville pour un bâton de maréchal et cinquante mille livres tournois. Louis XIII entra dans Aigues-Mortes et y mit une garnison catholique. Immédiatement après, il fit le siége de Montpellier, qui dura deux mois et se termina par un traité de paix signé le 19 octobre 1622. Depuis ce temps, Aigues-Mortes, souvent menacé, resta au pouvoir du roi.

Au commencement du règne de Louis XIV, Aigues-Mortes eut pour gouverneur le marquis de Wardes. Mêlé à toutes les intrigues amoureuses de son royal maître, dont il était le confident, amant heureux d’Olympe Mancini, comtesse de Soissons, l’une des nièces de Mazarin, pendant que le roi poursuivait sa sœur Marie, il osa aspirer aux faveurs de Madame, duchesse d’Orléans. Ces témérités ayant été devinées par la femme délaissée et révélées par elle à Louis XIV, l’audacieux favori fut envoyé comme gouverneur à Aigues-Mortes. À peine arrivé, il est arrêté, conduit à la citadelle de Montpellier et mis au secret ; il y resta dix-huit mois. Tombé malade