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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/81

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d’un même peuple, et la plus récente de ces époques est séparée de la colonie grecque par un grand nombre de siècles. La seconde époque est marquée par un immense incendie, dans les cendres duquel on a trouvé presque tous les élémens de sa civilisation, des preuves de sa race, des symboles de sa religion et de nombreuses images de sa principale divinité, qui était Minerve. Ce peuple âryen, presque grec, habitait une forteresse très petite occupée par des maisons de terre au milieu desquelles s’élevait un riche palais. Les fouilles ont remis au jour ce palais et le trésor du seigneur qui l’habitait. La citadelle où commandait ce prince avait sa porte sous le palais même ; cette porte était à l’occident, ce qui est la signification même du nom de Porte-Scée dans l’Iliade. La tradition est-elle d’accord avec ces données ? Elles la confirment de point en point, comme elle-même sert à les expliquer. Que demande-t-on de plus ? Je ne puis affirmer que le trésor soit celui du roi Priam, ni que le roi Priam ait jamais existé ; mais il paraît y avoir eu dans cette petite ville si peu de métaux précieux que ces vases d’or et d’argent, ces bijoux, ces parures, trouvés au pied du palais même et tout près de la porte occidentale, n’ont guère pu appartenir qu’à la famille régnante, quelque nom qu’on lui assigne.

Faut-il laisser à ces légendes toute la réalité que les poètes et les auteurs classiques leur ont donnée ? Je ne le crois pas : les épopées carlovingiennes sont là pour nous instruire plus encore que les poèmes indiens et que l’Iliade elle-même. En admettant que tous les vers de ce poème soient authentiques, on peut du moins affirmer qu’Homère, s’il a existé, n’avait pas vu Troie. S’il est allé en Troade, il y a vu une colline couverte de 5 mètres de débris ; la Porte-Scée était entièrement cachée sous les ruines du palais féodal ; mais l’Homère de l’Iliade n’est probablement qu’un nom sous lequel ont passé de bouche en bouche, comme les chansons franques et les tirades des sûtas indiens, les récits plus ou moins bien rhythmés des aèdes et des rhapsodes. L’imagination des temps postérieurs a donc été en grossissant et embellissant les actions des héros ; les dieux y ont eu leur part ; mille légendes se sont groupées autour de la légende troyenne, et l’incendie d’une petite forteresse asiatique est devenu une immense conflagration.

Les fouilles ramènent les choses à leurs proportions réelles. Elles les amoindrissent même un peu, et ne donnent après tout que le squelette incomplet et disloqué d’une belle femme. On voudrait pourtant savoir à quelle époque cette belle femme a vécu. Voici quelques-unes des bases sur lesquelles on pourrait appuyer une solution pour ce qui concerne l’époque de l’incendie d’Hissarlik. C’était l’époque du cuivre et probablement du cuivre pur ; on ne