Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/786

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.




UNE VILLE OUBLIÉE




AIGUES-MORTES


SON PASSÉ, SON PRÉSENT, SON AVENIR.




L’histoire d’Aigues-Mortes et de son origine serait incompréhensible, si elle n’était précédée de celle du sol même sur lequel saint Louis fonda en 1248 la ville où il s’embarqua pour sa première croisade. Ce sol se rattache au delta du Rhône, œuvre mille fois séculaire de ce grand fleuve, et qui se continue sous nos yeux. Nous prendrons donc le Rhône à son origine : son long trajet, ses pentes diverses, les terrains variés dont il entraîne les débris, les nombreux affluens qu’il reçoit, le ralentissement de son cours à mesure qu’il s’approche de son embouchure, expliquent seuls comment il a pu ajouter à la France une terre d’alluvion dont la superficie est égale à 80 000 hectares. Dans la Méditerranée, le Nil est le seul fleuve dont les atterrissemens soient encore plus considérables.

Placé au centre de la chaîne des Alpes, le Saint-Gothard est le père des eaux qui arrosent l’Europe occidentale. Au nord, il envoie le Rhin et la Reuss à l’Atlantique, — au sud, le Tessin, affluent du Pô, à l’Adriatique, le Rhône à la Méditerranée. Grossis par les pluies du printemps, de l’automne et de l’hiver, alimentés en été par la fonte des neiges et par de grands lacs, réservoirs naturels des eaux surabondantes, ces fleuves charrient continuellement les sables et les limons qu’ils entraînent dans leur long parcours. En les déposant à leur embouchure, tous trois forment de grands deltas qui s’avancent incessamment dans la mer. Le Rhin a créé le Pays-Bas, le Pô les lagunes où Venise a surgi du sein des flots, le Rhône le delta