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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/770

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se produirait dans les rangs des docteurs et des professeurs de théologie. Avec la connaissance qu’ils avaient des textes, ceux-ci voyaient combien on s’écartait de la tradition. L’enseignement de la théologie dans les universités portait ses fruits. Ce n’est pas sans raison que la cour de Rome et le parti ultramontain regardent cet enseignement comme le danger suprême de l’Allemagne, qu’il faut extirper à tout prix. L’enseignement de la théologie intra muros dans les séminaires, tel qu’il est pratiqué depuis la révolution dans les pays catholiques, l’Allemagne exceptée, a été un changement de la plus haute importance. Placés quelquefois, comme à Tubingue, côte à côte avec les professeurs de théologie protestante, vivant près d’eux en bons collègues, lisant et expliquant les mêmes textes, partageant le même genre de vie, engageant avec eux ces interminables et inoffensives disputes, semblables aux batailles de la Walhalla où l’on se mettait en pièces tout le jour, et d’où le soir on sortait sain et sauf, les professeurs de théologie catholique étaient devenus en Allemagne des quasi-protestans. Ce contact obligeait les adversaires à s’observer, à donner leurs preuves, à ne déraisonner que sobrement. Consulté sur le nouveau dogme qu’il s’agissait de décréter, Dœllinger, le coryphée de la théologie catholique, répondit qu’on allait tout perdre. Ce grand stratégiste voyait bien qu’on rendait l’apologétique contre les protestans impossible. L’assise de la forteresse où il se défendait était bien étroite : il déclarait pouvoir à peine y tenir ; si on la rétrécissait encore, il annonçait que la défense serait absolument impossible. La plupart des théologiens connus des facultés catholiques allemandes furent de son avis. Il y avait longtemps qu’ils étaient fatigués des difficultés que les théologiens romains semaient sur leurs pas. Leur position était celle d’avocats savans, défendant à grands renforts de textes et d’autorités un client qui ferait un malin plaisir de déranger leurs argumens, à mesure qu’ils les édifient péniblement.

À ces théologiens révoltés se joignirent quelques laïques instruits, théologiens eux-mêmes, au courant de ces recherches historiques et critiques où la studieuse Allemagne use avec délices ses jours et ses nuits. Une protestation considérable se forma ; l’affaire fut conduite avec sérieux et gravité ; ces « protestans » du XIXe siècle voulurent s’appeler « vieux-catholiques. » Libre à eux sans doute ; nous trouvons, nous autres, qu’il n’est pas très logique de s’appeler catholique, quand on rejette ce qui constitue l’essence du catholicisme, l’acceptation par principe d’autorité de tout ce que l’église enseigne. Or ce que les vieux-catholiques rejettent, ce n’est pas seulement un enseignement du saint-siége ; c’est la décision d’un concile, contre l’œcuménicité duquel ils ne protestent que depuis qu’il