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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/723

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gault-Ducoudray, nous avait mis en goût, le Messie, exécuté trois fois au Cirque des Champs-Elysées, — et très convenablement, eu égard aux moyens dont nous disposons en France, — le Messie a changé ce goût en admiration. L’ouverture, l’Alleluia surtout, sont des merveilles. Ce maître a des coups de géant ; quand il en a fini avec ses vocalises, sa scolastique, et tout ce rococo dont son style se surcharge, quand l’enthousiasme l’empoigne, qu’il jette sa lourde perruque par-dessus les montagnes, c’est beau comme Athalie, c’est plus beau ! Les hommes qui se dévouent à la propagande d’œuvres semblables rendent un service public, le ministre les nomme assez volontiers d’ordinaire officiers d’académie, j’avise qu’ils mériteraient en même temps une subvention, car la foule n’accourt pas tout d’abord à ces festivals exotiques. Songez que nous ne sommes ni à Londres ni à Manchester, ni à Dublin, où le train de la vie ramène à certaines périodes régulières ces manifestations à la fois religieuses et musicales que facilitent partout de vastes salles appropriées d’avance à la destination et la présence d’un immense personnel de chœurs et de solistes toujours prêts. Il faut ici que le succès s’affirme, que le bruit s’en répande. En attendant, les frais augmentent. Se figure-t-on les dépenses que de telles entreprises causent à l’initiative privée du malheureux atteint de l’amour du grand art : assembler un orchestre, des solistes, des chœurs, louer une salle, y installer un orgue ! Alors commence le travail des répétitions, tout cela payé fort cher. Vient ensuite la grande séance devant le public, laquelle ne rend jamais ce qu’elle coûte. Et comme le succès d’admiration est énorme, à cette première audition en succède une seconde, une troisième, le public et l’opinion applaudissant, s’exaltant de plus en plus, et l’organisateur du train de plaisir continuant à se ruiner. M. Lamoureux, un des plus anciens et des plus vaillans membres de la Société des concerts du Conservatoire, s’est attribué cette vocation. Depuis des années, nous le voyons évangéliser au nom des maîtres. A-t-il vraiment au cœur la foi naïve et le mysticisme de M. Bourgault-Ducoudray, le doctor seraphicus de ces divines thébaïdes ? Nous l’ignorons ; mais M. Lamoureux a ce rare avantage de posséder une fortune qui lui permet de combattre à ses frais le bon combat. Cette fois par exemple, pour une vingtaine de mille francs que l’aventure lui aura coûtés, l’artiste se sera procuré l’insigne honneur d’initier le public français à la connaissance d’un chef-d’œuvre, ce qui d’ailleurs n’est point peine perdue quand on tient dans sa main le bâton de mesure. Un de ces matins, M. Lamoureux, qui l’autre dimanche faisait au Conservatoire l’intérim de M. Delvedez, se réveillera chef d’orchestre de la Société des concerts, et nous pouvons ajouter qu’il n’aura que ce qu’il mérite.

Le Messie est le dernier de ses oratorios dont Hændel ait présidé l’exécution. Le 6 avril 1753, il touchait l’orgue, et quelques jours après il tré-