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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/712

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rale, qui fait tout doucement son chemin en se compliquant parfois de discussions assez étranges et de combinaisons plus bizarres encore. Une des plus singulières de ces combinaisons est celle qu’on a proposée pour remplacer tout à la fois le vote par scrutin de liste départementale et le vote par arrondissement. On a imaginé, ce n’est point encore adopté heureusement, on a imaginé quelque chose qui serait la réunion de deux ou trois arrondissemens, un scrutin de liste mitigé. Pourquoi a-t-on repoussé le vote par arrondissement, qui est le plus simple, le plus naturel et le plus vrai ? Voilà précisément le point curieux qui montre toutes les ressources de l’esprit de parti. Avec un seul nom dans un arrondissement, le parti conservateur se divisera, et on échouera ; avec deux ou trois noms au contraire, on se réunira, légitimistes, orléanistes, bonapartistes, on fera la part de tout le monde, et on a la chance de réussir. M. Chesnelong paraît avoir jusqu’ici le mérite de cette brillante découverte. Et c’est ainsi que des hommes sérieux, qui se disent conservateurs, se réunissent pour faire ce qu’ils appellent de la politique et des lois destinées, non à être de bonnes lois, mais à satisfaire un intérêt de parti en répondant tout simplement à une circonstance exceptionnelle !

Les fêtes se succèdent à l’Académie, sans parler des élections toujours vivement disputées. Ces jours derniers l’enceinte académique s’ouvrait une fois de plus pour recevoir notre ami M. Saint-René Taillandier, appelé à remplacer le père Gratry, et c’est M. Nisard qui avait la mission de recevoir le nouvel élu. M. Saint-René Taillandier a mis tout son zèle et tout son talent à représenter dans sa vérité le père Gratry, cet esprit charmant, bouillant, toujours partagé entre le mysticisme et le goût passionné des sciences exactes. Comment le père Gratry parvenait-il à concilier la poésie et les mathématiques ? C’était son secret, il y réussissait, et son successeur a fait heureusement revivre cette figure si vivante par elle-même. Le discours de M. Saint-René Taillandier, chaleureux, sympathique et habile, est de l’élévation la plus sérieuse et la plus soutenue. M. Nisard a fait, lui aussi, son discours sur le père Gratry et sur M. Saint-René Taillandier. M. Nisard est un peu un burgrave littéraire : vivant dans le passé et en lui-même, il ne connaît, et il s’en vante, ni l’étranger ni le temps présent, il oublie même les maisons où il s’est fait honneur d’aller autrefois en visite et dont il ne sait plus rappeler le nom ; mais on est de son temps et on tâche de vivre sans la marque de souvenir de M. Nisard.

Le parlement anglais allait se réunir aux premiers jours de février pour « l’expédition des affaires, » selon le mot dont devraient bien se souvenir les assemblées qui s’occupent de tout, hormis d’expédier les affaires. Né en 1868 d’un mouvement d’opinion qui a fait longtemps la force du ministère Gladstone, il avait encore devant lui une session au