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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/710

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bilité. Ils ne s’en cachent guère, ils prétendent garder le droit de préparer la restauration de la monarchie ; mais cette monarchie a-t-elle retrouvé du moins quelque chance inespérée ? Elle a eu des chances il y a cinq mois, elle les a perdues par des causes qui n’ont pas disparu, qui subsistent toujours. Elle a proclamé elle-même son incompatibilité avec les intérêts modernes et tous les instincts du pays, elle a dispersé d’un mot l’armée parlementaire qui se formait, non sans peine, pour la ramener. On ne voit plus même aujourd’hui comment elle pourrait revenir. Elle a manqué l’occasion, et c’est pour maintenir le droit de travailler à la restauration d’un régime qu’ils ne peuvent pas avoir, qu’ils savent eux-mêmes impossible, que les royalistes s’ingénient à ébranler, à discréditer le peu de sécurité que nous avons ! Tout empêcher, si on ne peut rien faire soi-même, c’est la plus claire moralité de cette étrange campagne.

Ce ne serait rien après tout, si ceux qui entendent ainsi le septennat n’étaient pas en partie de ceux qui soutiennent le gouvernement, si dans le cabinet même il n’y avait des ministres, M. de Larcy, M. Depeyre, représentés dans la presse par un journal qui poursuit précisément cette campagne avec une vivacité croissante, qui n’est point désavoué, qui ne défendrait pas sans doute ces idées, si elles n’étaient pas partagées par les hommes qu’il soutient au pouvoir. Voilà la confusion ! Que veut-on que le pays pense de tout cela ? Quelle confiance peut-il ressentir lorsqu’il ne sait pas même si la septennalité est prise au sérieux par quelques-uns de ceux qui sont ses ministres ? M. le vice-président du conseil, il est vrai, n’a point hésité à se prononcer quant à lui. Dans une circulaire récente sur l’application de la loi des maires, de cette loi qui a fini par être votée, mais qui ne l’a pas été sans peine, M. le duc de Broglie affirme nettement le caractère du septennat, qu’il élève au-dessus de toutes les contestations, qu’il proclame inattaquable dans sa durée. D’après la circulaire destinée à servir d’instruction à tous les préfets, le septennat est une vérité et doit rester une vérité, il est à l’abri de toute tentative de changement. Rien de mieux ; seulement ce langage serait plus persuasif et aurait une autorité plus décisive, si M. le vice-président du conseil, malgré lui assurément, ne se sentait porté à mesurer son langage devant l’assemblée au tempérament de sa majorité. Malheureusement lorsqu’il est à la chambre, en face d’une majorité qui le surveille en l’appuyant, qu’il a besoin de maintenir compacte, il est obligé de retrouver toute sa science des ménagemens et des nuances pour retenir des alliés fort indisciplinés, et de voiler à demi une pensée qu’il laisse comprendre plutôt qu’il ne l’exprime. Être réduit, non pas à tenir deux langages différens, mais à se faire modeste devant une majorité prête à voter, sauf à parler plus nettement dans une circulaire, c’est déjà un affaiblissement ou du moins la marque