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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/706

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blique de la constitution Rivet, le président du 24 mai 1873, le septennat ; il y a eu des élections Barodet, des tentatives de restauration monarchique, des coalitions parlementaires, des prodiges de tactique, — et à quoi tout cela conduit-il ? À cette phase ingrate où nous sommes, où l’on croit tout sauver avec ces mots magiques d’ordre, de défense sociale, qui ne sauvent rien, où en réalité la politique extérieure et la politique intérieure de la France restent livrées à des périls obscurs qu’on se crée plus ou moins volontairement, aux fantaisies, aux contestations passionnées et intéressées des partis.

D’où viennent les difficultés qui nous font sentir leur cruel aiguillon ? d’où viennent les embarras de l’assemblée et du gouvernement ? Ils viennent le plus souvent de ce qu’on ne veut pas s’avouer la vérité d’une situation où tout est changé, et s’inspirer uniquement, patriotiquement, de cette situation, qui s’impose à tout le monde, à laquelle tout doit se plier et se subordonner. Ce serait une bien étrange illusion de croire que l’invasion étrangère, en se retirant, nous a rendu notre liberté tout entière, et que nous pouvons maintenant revenir à nos habitudes de polémique, à nos turbulences ou à nos ambitions de partis, à nos légèretés et à nos divisions stériles. L’invasion étrangère, en se repliant matériellement de notre sol, nous a laissés sous le poids des événemens qui nous ont accablés, elle nous a rendu tout juste la liberté que peuvent avoir des hommes qui ont leur pays à relever, leurs relations nationales à refaire, des désastres de toute sorte à réparer, et des écueils sans nombre à éviter, des complications incessantes à déjouer. Tant que cette œuvre ne sera point accomplie, c’est à elle que nous appartenons, et la première condition est de ne point oublier les crises d’où nous sortons à peine, de se figurer qu’il y a des momens où l’on ne peut plus tout se permettre, de bien retenir qu’on n’a pas toute liberté d’action ou de parole comme si rien n’était arrivé.

C’est cette situation qu’il faudrait avoir toujours présente en hommes sérieux qui se souviennent des épreuves de leur pays pour s’en inspirer, pour les respecter et les faire respecter. Il ne s’agit nullement de se retrancher dans un deuil découragé et morose, ni même de renoncer à la bonne humeur française ; l’esprit et la gaîté ne sont pas près de tarir en France. Il s’agit tout simplement de ne pas oublier, et en définitive de savoir encore prendre son jour pour les galas officiels. Il n’y a pas moyen de dire autrement ; si on avait eu la mémoire un peu plus sûre, on eût sans doute choisi pour donner un bal à l’Elysée une autre nuit, que la nuit anniversaire de la chute de Paris. Si M. le président de la république, sans consulter l’histoire, avait eu l’idée de fixer sa fête au 21 janvier, il est probable que les membres de la droite qui sont dans son gouvernement lui auraient rappelé qu’on ne dansait pas ce jour-là. La chute de Paris, après cinq mois de siége, ne date pas de quatre-vingts