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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/68

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laissé beaucoup d’autres. Après la pierre, le feu était le principal auxiliaire de ces anciennes populations. Sans compter les usages domestiques, il servait à cuire les vases d’argile et à fondre les métaux. Il ne paraît pas toutefois qu’il ait été employé en grand ; on n’a pas trouvé de four à Hissarlik ; les maisons de la seconde époque sont en briques crues, et de telles briques supportent même l’autel de pierre de Minerve. Ces hommes ont dû pourtant couler des quantités de cuivre assez grandes pour former des boucliers.

Ainsi donc ce qui domine ici, c’est la pierre parmi les instrumens, et la terre cuite parmi les produits. Les instrumens de pierre rapportés par M. Schliemann sont extrêmement nombreux, et il a laissé sur place tous ceux qui ne lui ont pas paru mériter l’honneur de sa collection. Les scies de silex sont souvent très belles ; elles sont quadrangulaires comme nos peignes, et ont sur l’un des bords ou sur tous deux des dents régulières et bien tranchantes ; le silex dont elles sont faites est presque toujours laiteux, quelquefois jaune ou verdâtre et transparent. Les couteaux, c’est-à-dire les lames minces, allongées, tranchantes et souvent un peu courbes que l’on désigne par ce nom, sont les unes en silex, les autres en obsidienne ; un assez grand nombre sont dentelées sur un de leurs bords. Ces couteaux de pierre dure ne caractérisent pas toujours une époque reculée, car ils sont encore en usage dans une partie du Levant ; on les fixe dans une planche triangulaire qui, traînée par un cheval sur l’aire à battre le blé, hache rapidement la paille pour la nourriture des animaux. Ils ont passé à travers les siècles comme les pierres à battre le briquet. Il n’en est pas de même des ciseaux, des marteaux et des haches de pierre. Ceux d’Hissarlik sont en diorite ; les ciseaux et les haches sont parfaitement conformés, le tranchant est lisse et obtus, presque toujours curviligne ; les marteaux ont un trou pour le manche. Ce trou était obtenu par le frottement, mais on n’a pas trouvé l’outil au moyen duquel on le perçait ; il était donc probablement en bois, et la matière perforante était du sable ou quelque autre poussière délayée dans l’eau.

Les fouilles ont fourni des moulins, des mortiers, des pilons et des broyeurs en grand nombre. Les moulins sont en trachyte et non en pierre meulière ou en grès. Ils se composent de deux grosses pierres convexes d’un côté et plates de l’autre ; l’une des deux se posait à terre, et l’autre était mue avec les deux mains. Cette machine servit longtemps encore après l’invention des meules tournantes en forme de trémie comme celles que l’on voit à Pompéi ; on dit même que les femmes grecques s’en servent encore dans certaines îles. Les mortiers et les pilons sont en granit, et, sauf la grossièreté des formes, ressemblent à ceux que nous fabriquons aujour-