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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/665

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C’était en somme le bon sens pratique rehaussé d’intelligence et de finesse qui faisait le fond de l’esprit florentin et l’attribut nécessaire de ces familles patiemment enrichies par un heureux négoce. Guichardin fait remonter la sienne au XIVe siècle. Pendant quatre-vingts ans, ses premiers ancêtres ont été comptés parmi les buoni popolani, c’est-à-dire dans les rangs de ce qu’on appelait le popolo grosso, les citoyens d’ancienne origine, les bourgeois inscrits dans les divers arts ou corporations, condition nécessaire pour jouir des droits civiques et être appelé aux magistratures. Après cette première période, la famille a grandi en richesse par le commerce des soieries, et par suite en importance politique. Elle est devenue noble ; quinze de ses membres, avant la fin du XVe siècle, ont été gonfaloniers de justice. Il en est ainsi de presque toutes les grandes familles florentines au XVe siècle ; elles s’emploient en même temps au commerce ou à la finance et aux affaires de l’état. Niccolo Capponi, contemporain de Guichardin, travaille à Lyon dans la maison de banque de son oncle Neri ; quand son père devient ambassadeur en France, il va auprès de lui l’assister, retourne aux affaires de banque, d’où il est appelé pour accompagner un autre ambassadeur à Venise et passer ensuite, en qualité de commissaire-général, dans le camp des Florentins devant Pise. Encore plus éclatant est l’exemple des Médicis. Chargés de la direction des affaires publiques, ces hommes d’esprit y apportent l’exactitude et la prudence dont ils ont fait preuve en dirigeant avec succès leurs affaires privées.

Guichardin, lui, ne devait s’avancer vers les hautes fonctions que par les études libérales, pendant qu’un de ses frères restait, du moins en nom, à la tête de la maison paternelle, la bottega di seta, dans laquelle une partie de la fortune particulière de François et la dot de sa femme, quand il se fut marié en 1508, étaient placées. Le droit occupe dans son éducation la première place. Il est curieux de suivre dans ses Ricordi autobiografici quels travaux exigeait de lui et quelles ressources lui offrait tout d’abord la carrière d’avocat et de juriste. Il nous en instruit dans le plus grand détail et nous développe ainsi tout un aspect des mœurs italiennes de la renaissance. Dès l’âge de dix-huit ans, il va suivre en diverses villes d’Italie les principaux cours de droit civil et de droit canon ; il nous dit quels professeurs célèbres l’attiraient, ce que lui coûtait chacune de ces écoles. Lui-même de très bonne heure profite de ces enseignemens pour enseigner à son tour, et pour plaider, comme avocat de nombreuses corporations. Il l’est de celle des tisserands, de celle de Sainte-Marie-Nouvelle, avec, pour salaire, une oie à la Toussaint, un chevreau à Pâques, une pesée de cire à la Chandeleur, un morceau de génisse à la Saint-Corneille.

À vingt et un ans, en 1503, il eut une tentation mauvaise, celle