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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/663

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pour nous diriger au milieu de ces documens, plus d’une fois difficiles à comprendre. Tout ce qui reste d’ouvrages inédits de Guichardin n’est pas donné ni même mentionné dans ce recueil ; il n’est fait nulle acception des harangues conservées à la bibliothèque magliabecchienne, et parmi lesquelles se trouvent des morceaux de nature à expliquer seuls certaines énigmes de l’œuvre aujourd’hui publiée. On nous a laissé le soin, quelquefois périlleux, de renouer la chaîne morale de cette vie.

Il n’importe ; les documens, tels qu’ils nous sont livrés, sont des plus utiles. L’authenticité n’en est pas douteuse, la valeur historique en est inappréciable. Déjà, lors de la publication des trois premiers volumes, nous nous sommes empressés de les faire connaître ici même [1]. Le recueil est complet aujourd’hui, depuis quelques années déjà ; le temps est donc venu d’étudier dans la vie de Guichardin, avec cet important secours, non pas tout le tableau moral, mais certains traits de la renaissance. Cette brillante époque, si originale au sein de la tradition, si puissante par l’action et par les idées, si mêlée de bien et de mal, de vice et de vertu, d’éclatant prestige et de défaillance morale, occupe une trop large place dans l’histoire pour être aisément embrassée d’un seul regard. Les monumens des arts et du savoir antique n’avaient si longtemps dormi dans l’ombre, le moyen âge n’avait poursuivi en des voies nouvelles un si patient travail, que pour préparer cette vive éclosion de la seconde moitié du XVe et du commencement du XVIe siècle, et la prodigieuse rencontre de tant de sources vives, tradition classique, passion ardente et sincère des siècles immédiatement précédens, premiers éclatans rayons de la lumière moderne, fait de cette incomparable période un vaste objet d’étude qui ne saurait tenir dans un cadre étroit. Pourtant il y a quelques-uns des principaux aspects de cette époque qu’une vie telle que celle de Guichardin, homme d’état, administrateur, historien, moraliste, semble reproduire et permet d’observer sous des formes particulières et concrètes. Nous y découvrirons des traits originaux et permanens du génie italien, hérités du génie antique, et non disparus de nos jours. Comme les anciens Romains, les Italiens du XVIe siècle ont eu plus d’intelligence que de foi enthousiaste ou idéale, plus d’esprit pratique que de hautes pensées, plus de froide raison que de générosité de cœur. Ils ont eu l’entente des affaires, une égale aptitude

  1. Voyez dans la Revue du 15 août 1861 l’étude intitulée un Politique italien de la renaissance. Les trois premiers volumes ont également servi de base à la très utile étude de M. Eug. Benoist, Guichardin historien et homme d’état italien, publiée en 1862. M. Benoist y a joint heureusement la connaissance de plusieurs pièces inédites dues à ses propres recherches.