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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/659

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cette incohérence qui pouvait nous livrer à de si cruelles surprises.

Au demeurant, le plus exposé pour le moment était le 2e corps. Depuis le 2 août, le général Frossard était resté en territoire prussien, sur les hauteurs de Sarrebruck, qui dominent le cours de la Sarre. Par prudence, le 5 au soir, il croyait devoir se replier, ramener ses divisions sur une seconde ligne de défense en avant ou autour de Forbach, plaçant la division Laveaucoupet à Spicheren, la division Vergé, partie sur la gauche à Stiring, partie près de Forbach, la division Bataille plus en arrière, à Œttingen. La position principale choisie par le général Frossard, celle de Spicheren, ne manquait point assurément de force. Elle appartient au massif montagneux qui se développe entre Sarreguemines, Sarrebruck et Saint-Avold, dont le point culminant est le mamelon de Caldenbronn, où on avait pensé quelquefois à s’établir. Placés plus en avant, au nord, les coteaux de Spicheren tombent par des versans rapides, boisés, où se dessinent des croupes en forme de bastions, dans une vallée profonde qui les sépare des hauteurs de Sarrebruck. Par l’est, ils s’abaissent vers la Sarre en pentes boisées, et ont pour défense la forêt de Saint-Arnual ; à l’ouest, ils s’inclinent vers la route de Sarrebruck, le chemin de fer et le village industriel de Stiring. On pouvait certes se croire en sûreté sur cette forte position ; mais le général Frossard ne voyait pas qu’en voulant se dérober à un danger il le provoquait peut-être. En restant sur les hauteurs de Sarrebruck, il dominait les passages de la Sarre ; en se repliant, il laissait libres les passages de la rivière et les hauteurs par où il pouvait être attaqué. C’était là précisément ce qui allait devenir l’occasion de cette bataille du 6 sur la Sarre, qui paraissait combinée avec celle que livrait en ce moment le prince royal et qui n’avait été cependant concertée en aucune façon, qui était en réalité l’effet d’un hasard.

Que la Ire armée allemande de Steinmetz avec ses VIIe et VIIIe corps fût assez rapprochée de la Sarre le 5, ce n’était point douteux, quoiqu’on n’eût à Metz que les données les plus vagues sur ce qui se passait au-delà de la frontière ; mais cette armée, formant l’aile droite de l’invasion qu’on méditait, avait à mesurer ses mouvemens à la marche de la IIe armée du prince Frédéric-Charles, qui avait le 5, il est vrai, la tête de colonnes, notamment le VIIe corps, au-delà de Neunkirchen et deux divisions de cavalerie sur la Sarre ; elle devait attendre les progrès du prince royal de l’autre côté des Vosges. Un mouvement sérieux n’était pas prévu avant le 7, et ce n’est que par une sorte de tentation soudaine que la division Kamecke du VIIe corps, se rapprochant le 6 au matin de la Sarre, voyant les hauteurs de Sarrebruck abandonnées, se décidait à se porter en avant. Une fois arrivée sur le plateau, elle n’hésitait pas à ouvrir son feu,