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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 1.djvu/656

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tente et contre ses intentions, accourt sur les hauteurs vis à vis de Wœrth et prend lui-même la direction de l’affaire ; c’est une autre bataille qui recommence dans de plus grandes et de plus terribles proportions avant deux heures de l’après-midi. Du côté de notre aile gauche de Frœschviller, les Bavarois du IIe corps, reprenant l’action, sont longtemps arrêtés par la division Ducrot, et ils ne finiront par réussir que lorsque leur Ier corps arrivera, lorsque la bataille se sera dessinée sur d’autres points. C’est surtout au centre et sur notre droite que la lutte devient grave. Le général de Kirchbach, ramassant les forces du Ve corps, les porte au-delà de la Sauer et aborde encore une fois les rampes de Wœrth, les pentes d’Elsashausen. Partout il rencontre la résistance la plus opiniâtre. Chaque pli de terrain est disputé avec un acharnement extrême ; il y a des mamelons pris et repris quatre et cinq fois. Les soldats de la division Raoult contiennent par leur intrépidité et déciment de leur feu les Prussiens, qui n’avancent que lentement et ne se maintiennent qu’avec difficulté au-dessus de Wœrth, au bord du premier plateau d’Elsashausen. Les soldats de Kirchbach ne laissent pas d’être émus. Tout dépend pour eux, sur cette partie de la ligne, de ce qui se passe sur notre droite, où le XIe corps, les Wurtembergeois, qui arrivent bientôt, portent leurs masses contre nos positions du Niederwald. Là aussi, la division de Lartigue et la division Conseil-Dumesnil soutiennent le choc avec énergie. Le 3e de zouaves du colonel Bocher perd son lieutenant-colonel, trois chefs de bataillon, quinze officiers ; le 56e de ligne perd son colonel, son lieutenant-colonel, deux chefs de bataillon. Le 1er bataillon de chasseurs a son commandant tué. On résiste encore sur le front de bataille, mais bientôt on s’aperçoit que les Allemands nous débordent par l’extrémité de la ligne, par Morsbronn, menaçant de tourner toutes nos positions.

C’est alors que le général de Lartigue, qui a déjà épuisé ses réserves d’infanterie, se sert de sa dernière ressource. Il appelle la brigade de cuirassiers Michel. Le terrain, coupé de haies, de fossés, couvert de houblonnières, est bien peu favorable. Le général Duhesme, malade, ne pouvant plus monter à cheval, mais présent sur le terrain, déclare que c’est une folie, qu’on va faire détruire ses cuirassiers pour rien. On lui répond qu’il n’y a pas d’autre moyen de sauver les débris de la division. « Mes pauvres cuirassiers ! » dit le général Duhesme en essuyant une larme. Au premier commandement, de toutes ces vaillantes poitrines s’échappe un seul cri, celui de vive la France ! et aussitôt cette belle brigade s’avance avec ses cuirasses reluisantes au soleil, va prendre son ordre de bataille sur le plateau. En un clin d’œil, elle se précipite avec la plus impétueuse énergie, balaie les pre-